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jeudi 19 mai 2011

Gérer les contenus négatifs du mental


Osho,
Tu as dit l'autre jour d'"ignorer les contenus négatifs du mental, et de ne leur donner aucune énergie. Je trouve cela difficile de rester sur le fil: les ignorer - donc les voir sans les relever - sans tomber dans la suppression, ou pire, les renvoyer dans l’inconscient.
Est-ce que tu peux, s'il te plaît, me dire comment savoir faire cette discrimination.

Tu le sais déjà. Ta question contient la discrimination. Tu sais déjà très bien quand tu ne fais qu'"ignorer", et quand tu réprimes.
"Ignorer", ici, veut dire ne pas en faire quelque chose. C'est là, laisse-le être là.
Tu n'es pas concerné que ce soit comme ceci ou comme cela, que ça reste ou que ça s'en aille. Tu n'as aucun jugement.
Tu as simplement accepté que ce soit là, et tu n'es pas concerné de savoir si ça doit être là ou non.
Si tu réprimes, tu prends une part active, tu entres en guerre contre l'énergie, tu la forces à retourner dans l'inconscient, tu fais tout ce que tu peux pour ne plus jamais la voir, tu veux savoir qu'elle n'est plus là !
Par exemple, la colère est là : assieds-toi simplement en silence, et vois que la colère est là. Laisse-la être là. Combien de temps va-t-elle rester? Crois-tu que ce soit quelque chose d'immortel, d'éternel ?
De la même manière qu'elle est arrivée, elle va repartir. Tu as juste à attendre.
Tu dois simplement ne rien faire avec elle, ni pour, ni contre.
Si tu l'approuves, tu vas la laisser s'exprimer, et tu va te mettre dans le pétrin. L'autre personne n'est peut-être pas un méditant - plus que probablement, elle n'en est pas un; elle va répondre, et encore plus fortement que toi. C'est le début d'un cercle vicieux.
Tu étais en colère, tu as mis l'autre en colère, et vous devenez de plus en colère l'un contre l'autre. Tôt ou tard cette colère va devenir une solide haine, de la violence, et pendant que tu entres dans ce cercle vicieux, tu perds toute conscience. Tu risques de faire quelque chose dont tu auras à te repentir plus tard. Tu peux commettre un meurtre, tuer, ou essayer.
Et une fois que cet incident sera terminé, tu vas t'étonner: "je n aurais jamais cru que je pouvais tuer quelqu'un."
Mais c'est toi qui a créé cette énergie, et l'énergie peut faire n'importe quoi.
L'énergie est neutre, elle peut créer, elle peut détruire; elle peut éclairer ta maison ou y mettre le feu.
Ignorer veut dire que tu ne fais absolument rien - pour ou contre.
La colère est là. Prends note que la colère est là, de la même façon que tu vois qu'il y un arbre dehors. Est-ce que tu dois faire quelque chose à ce sujet? Un nuage passe dans le ciel; est-ce que tu dois intervenir? La colère est également un nuage, qui passe sur l'écran de ton mental.
Observe ! Et laisse-la passer.
Et la question n'est pas d'être sur le fil du rasoir. Ne fais pas d'une chose simple, un grand exploit. C'est vraiment quelque chose de très simple, qui peut être résolu très facilement.
Tu dois juste accepter que ce soit là. N'essaie pas de l'éliminer, n'essaie pas d'en faire quelque chose, et n'aie pas honte d'être en colère. Si tu en as honte, tu as déjà commencé à agir.
Ne peux-tu pas rester inactif, inactive ?

Si la tristesse est là, ou la colère, ne fais que la regarder. Et sois prêt pour une surprise: si tu peux la regarder, et que ton observation est pure - que réellement tu ne fais rien, juste tu observes - la colère va tout doucement disparaître, la tristesse va disparaître, et tu te retrouveras avec une conscience absolument claire. Tu n'étais pas aussi clair avant cet incident, parce que la possibilité de la colère était là. Cette possibilité s'est actualisée, et elle a disparu avec la colère.
Tu es donc beaucoup plus clair qu'avant.
Tu n'étais pas aussi silencieux, ni autant en paix, que tu l'es maintenant. La tristesse te prenait de l'énergie. Elle ne t'aurait pas permis de ressentir profondément le bonheur, elle aurait obscurci ta conscience.
Toutes les énergies négatives mangent ton énergie.
Et toutes sont là, parce que tu les as réprimées.
Et comme elles sont réprimées, tu ne les laisses pas sortir. Tu as fermé la porte, tu les a mises au sous-sol; elles ne peuvent pas s'échapper.
Même si elles veulent s'en aller, tu ne les laisses pas sortir!
Elles vont perturber ta vie entière. La nuit, elles vont se transformer en cauchemars, en rêves horribles. Le jour, elles vont affecter tes actions.
Et le risque existe toujours qu'une émotion puisse devenir trop forte pour que tu puisses la contrôler. Tu l'as étouffée, réprimée, supprimée, et le nuage est devenu de plus en plus grand. Un moment arrive où tu ne peux plus en avoir le contrôle. Quelque chose va alors se produire, et tout le monde va considérer que c'est ton action, mais ceux qui savent vont comprendre que ça n'a pas été ton action : tu as été simplement possédé par une impulsion qui t'a dépassé.
Tu t'es comporté comme un robot et tu y était impuissant!

Tu as tué, tu as violé, tu as fait des choses épouvantables, mais en fait ce n'était pas toi qui les faisait. Tu avais accumulé tout ce matériel psychologique, et il était devenu tellement puissant qu'il a pu, sur le moment, te forcer à faire des choses en dépit de toi, et même contre toi.
Et même quand tu était en train de le faire, tu savais que ce n'était pas juste. Tu t'es dit: "je ne devrais pas faire ça, pourquoi est-ce que je le fais ?" Mais malgré cela, tu l'as fait quand même.
Beaucoup de gens, dans beaucoup de tribunaux, partout dans le monde, ont dit très honnêtement qu'ils n'ont pas tué.
Mais le tribunal ne peut pas les croire, la loi ne veut rien entendre. Mais moi je peux les croire, parce que les tribunaux et les lois sont primitifs. Ils ne sont pas parvenus à la maturité humaine. Les lois ne sont pas basées sur la psychologie. C'est seulement la revanche de la société, cachée sous de jolis mots, et c'est exactement la même chose que la personne a fait... elle a tué. Maintenant la société va la tuer.
Elle était seule. Mais la société a la loi, les tribunaux, la police, la prison. Elle va procéder à tout un long rituel pour se prouver à elle-même, "nous ne tuons pas cet homme, nous ne faisons que prévenir le crime". Mais ce n'est pas la réalité.
Si vous voulez vraiment prévenir le crime, vos lois doivent être basées beaucoup plus sur la psychologie, sur la psychanalyse, sur la méditation.
Vous allez alors vous apercevoir que jamais aucun homme n'a fait quelque chose de mal, c'est simplement la société toute entière qui est fausse.
La société est fausse parce qu'elle enseigne aux gens de réprimer leurs énergies, et quand ils le font, un moment arrive où ce qu'ils ont refoulé se met à déborder, et ils y sont complètement impuissants. Ils sont victimes.
Tous vos criminels sont des victimes, et tous vos juges, tous vos politiciens, et vos prêtres, sont des criminels. Mais cela continue depuis des siècles et des siècles, alors ça a été accepté !

Ne fais rien, "ignore" simplement ce qui est là... et ce n'est pas très difficile, c'est un processus très simple. Par exemple, il y a cette plante, là, devant nous.
Ne peux-tu l'ignorer"?
Est-ce que tu dois faire quelque chose à son sujet ?
Il n'y a rien à faire.

Observe simplement le contenu de ton mental, prends un peu de distance pour pouvoir voir: ''ça c'est de la colère, ça de la tristesse, ça de l'angoisse, ceci de l'anxiété, et là de l'inquiétude"', et comme cela, pour tout ce qui est là.
Laisse-les être là : "Je ne suis pas concerné, je ne vais absolument rien faire ni pour, ni contre."
Et elles vont tout simplement disparaître !

Et si tu peux apprendre cette chose toute simple - de laisser tout cela disparaître de ton conscient - tu vas te retrouver avec une telle clarté de conscience… ta vision va devenir si pénétrante, tes intuitions vont être si profondes, que ça va non seulement changer ton individualité, ça va aussi permettre a tout le contenu réprimé dans l’inconscient de faire surface.
Voyant que tu as appris à ne plus les réprimer, ces énergies vont sortir.
Elles veulent sortir pour aller dans le monde !
Personne ne veut vivre dans l'obscurité de tes sous-sols.

Voyant que tu autorises les chose à sortir, elles n'ont plus besoin d'attendre la nuit pour que tu sois endormi; elles vont faire surface.
Tu vas les voir apparaître depuis les profondeurs de ton être, et sortir de ta conscience.

Ton inconscient va bientôt se retrouver vide.
Et là est le miracle, le magique: si l'inconscient est vide, le mur entre le conscient et l'inconscient s'écroule !
Tout devient conscient !

Au début tu n'avais qu'un dixième de ton mental de conscient; maintenant tu as cent pour cent de ton mental qui est conscient. Tu es dix fois plus conscient. Et le processus peut encore aller plus profond; il peut libérer l'inconscient collectif aussi. La clé est la même. Elle peut même libérer l'inconscient cosmique.

Et si tu peux nettoyer toutes les parties inconscientes qu'il y a en dessous de ta conscience spirituelle, tu auras une tellement magnifique clarté de vision qu'entrer dans la super-conscience sera aussi facile que pour un oiseau de s'envoler.
Là est ton ciel.

Tu étais tellement chargé que cela créait un problème… il y avait un tel poids que tu ne pouvais pas voler !
Maintenant il n'y a plus de poids.

Tu es si léger, si légère, que la gravitation perd sa force sur ton mental, tu peux voler jusqu'au super-conscient, jusqu'au conscient collectif, et au conscient cosmique.
L'état divin est à ta portée.
Tu dois seulement libérer les démons que tu gardais dans ta conscience, en les enfermant dans l'inconscient.
Libère ces démons, et le divin est à ta portée.

Et les deux peuvent se produire ensemble: dès que la partie la plus basse est nettoyée, le monde supérieur devient disponible pour toi.

Et rappelle-toi, je le répète à nouveau, c'est un processus tout simple !

Osho The Path of The Mystic # 35
Extrait de l'Osho Times de Décembre 1997
© Osho International Foundation

mardi 4 janvier 2011

Une révolution est nécessaire dans l'éducation

Texte entier
Une révolution est nécessaire dans l’éducation

Je voudrais faire quelques remarques au sujet de la société, et en particulier au sujet des enseignants. Peut-être y a-t-il de grandes différences entre ma façon de voir les choses et la vôtre. Peut-être serais-je en contradiction avec les positions officielles du code de l’éducation. Je ne suis ni un spécialiste officiel de l’éducation, ni un réformateur.
C’est une chance d’avoir l’occasion de parler des aspects fondamentaux de l’éducation et de la société.

Les spécialistes officiels de l’éducation ne disent rien de vrai sur l’éducation. Cela fait cinq mille ans qu’ils réfléchissent sur le sujet, mais les conditions actuelles de l’éducation, et sa structure, expliquent le genre de personnes qu’elle produit.
Tout y est tellement faux que ce n’est pas étonnant que nous ayons dans ce monde des leaders  psychologiquement malades et dans un état d’absolue confusion. La façon de voir les choses des sociologues est également malsaine. Si ce n’était pas le cas, la vie et la façon de voir les choses seraient complètement différentes.
Puisque je ne suis ni un enseignant, ni un sociologue, il m’est possible de dire des choses en allant directement au cœur du problème.
Pour ceux qui considèrent uniquement les textes, la solution prend souvent plus d’importance que le problème lui-même ! Mais comme je ne connais pas les textes, je peux aborder le problème directement.
La toute première chose sur laquelle j’aimerais attirer votre attention, c’est la relation qui existe entre la société et l’enseignant ; cette relation est vraiment néfaste.
Quelle est cette relation ?
La relation est celle-ci : l’enseignant est un esclave, et la société est son maître, son patron.
Quel travail est-ce que la société demande à l’enseignant de faire ?
La société veut que l’enseignant inculque à l’esprit des jeunes enfants toutes les vieilles jalousies, les vieilles rancunes, les vieilles façons de voir les choses qui ont accompagné les derniers millénaires !
Tous ces gens âgés qui ont le pouvoir, et qui ont un pied dans la tombe, veulent léguer toutes ces choses, ces rancunes, ces jalousies, aux nouvelles générations, à travers les enseignants. C’est vraiment surprenant que la société demande ce genre de choses aux enseignants et que les enseignants le fassent !
C’est un grand déshonneur, une grande honte. Il est honteux que tous les comportements de malades qui ont accompagné le siècle précédent soient passés au nouveau siècle à travers les enseignants. La société exige cela. C’est nécessaire à la survie de la vieille structure de la société, aux intérêts personnels en cause, ainsi qu’aux croyances aveugles qui se sont installées au sein de la structure sociale et qui ne veulent pas mourir. Tous ces vieux comportements, toutes ces vieilles croyances veulent continuer à vivre dans la société.

Et l’enseignant est respecté grâce à ce travail qu’il accepte de faire !
À moins de flatter les enseignants, de leur porter une haute estime, on ne pourrait pas obtenir d’eux qu’ils fassent ce job. C’est pourquoi l’enseignant est présenté comme une sorte de gourou, une personne hautement respectable, et qu’on doit écouter sans discussions.
Pourquoi ? – parce que la société veut léguer à ses enfants tous ses vieux modèles de croyances, et cela grâce à l’enseignant.
Le père Hindou veut faire de son fils un Hindou, et le père Musulman veut faire de son fils un Musulman avant de mourir. Le père Hindou veut aussi léguer à ses enfants son conflit avec les Musulmans.
Et qui va faire cela ? 
L’enseignant va s’en charger.
La vieille génération veut imposer ses croyances à la nouvelle génération. Ses écritures, ses prêtres et tout le reste, tout doit être imposé d’une façon ou d’une autre. Et elle parvient à obtenir de l’enseignant qu’il fasse le travail.
Mais quel en est le résultat ?
Le résultat est que les richesses continuent à croître dans le monde, mais que les facultés mentales ne se développent pas. Tant qu’il y aura ce poids des vieilles croyances et de ces vieux systèmes de pensée sur la tête des enfants, leurs facultés mentales ne pourront pas se développer. L’enfant, encore tout jeune, est écrasé sous le poids d’une culture vieille de cinq mille ans ! Toute la vitalité de l’enfant est détruite par cette montagne. À cause de cela, la flamme de la conscience ne peut pas être allumée, et l’individualité de l’enfant ne peut pas se développer.
La richesse matérielle s’accroît par l’héritage que les parents laissent à l’enfant qui, à son tour, le fait fructifier. Mais les facultés de l’enfant, elles, ne se développent pas, parce que l’enfant a été conditionné à respecter toutes ces vieilles façons de voir les choses. L’enfant est fier de développer cet héritage, et le père en est fier aussi.

Si tout le monde rajoute ses propres interprétations aux idées exprimées dans la Gîta, ceux qui ont hérité des idées de Mahavir, de Bouddha, de Krishna, et de Rama vont être en difficulté. Pour eux il est essentiel de rester dans les limites de ce dont ils ont hérité. Rien ne peut y être ajouté. Des efforts systématiques ont toujours été fait depuis des milliers d’années pour que le fils ne dépasse pas son père en ce qui concerne l’intelligence.
Et il y a de nombreuses façons d’y parvenir.

C’est ainsi que les richesses matérielles s’accroissent dans le monde, mais que la pauvreté mentale augmente elle aussi, en même temps. Il y a grand danger quand l’intelligence est petite et que les richesses matérielles sont grandes.
De la même façon que dans le progrès matériel nous laissons derrière nous les façons de faire de nos ancêtres, et nous progressons, de la même façon nous devrions laisser derrière nous leurs façons de voir les choses, et la spiritualité, de nos ancêtres, et progresser. Faire ainsi ne serait pas insulter nos ancêtres, mais au contraire les respecter. Un vrai père est celui qui, avec amour, désire que ses enfants le dépassent.
C’est très dangereux si un père ne veut pas que ses enfants aillent plus loin que lui, dans aucun domaine. Mais c’est ainsi que ça se passe, et l’enseignant a aidé la vielle génération à empêcher les enfants d’aller plus loin qu’elle.

C’est pure folie de croire que si on se met à développer notre réflexion plus loin que Krishna, Mahavir, ou Mahomet n’ont eux-mêmes été, ce serait une insulte à leur égard. Mais à cause de cette croyance, toute l’éducation est restée coincée par le passé, au lieu d’être tournée vers l’avenir.
Tout développement, toute créativité sont toujours tournés vers le futur, inspirés par le futur.
Toute notre éducation est enlisée dans le passé. Toutes nos doctrines, nos idées, nos idéaux viennent du passé. Mais le passé est ce qui est mort, ce qui a disparu !
Peu importe, nous nous acharnons à vouloir imposer des choses qui sont vieilles de milliers d’années, à nos enfants. Non seulement nous imposons ces idées, mais nous considérons comme idéal un enfant qui devient un disciple zélé de ces vieilles croyances.
Et qui félicite un tel enfant ?
L’enseignant !
C’est comme cela que les dirigeants de la société, des religions, et de l’état exploitent l’enseignant.

On fait croire à l’enseignant qu’il est celui qui propage la connaissance. Mais en réalité il ne transmet pas la connaissance, l’enseignant ne fait que maintenir le statu quo, que préserver le statu quo. Il se contente de retransmettre les vieilles connaissances, et il fait obstacle aux nouvelles connaissances qui pourraient se développer. Il interdit de franchir les limites imposées par le passé. Le résultat de cela est que nous continuons à faire des choses idiotes dans tous les domaines. On ne permet pas à ces vieilles pratiques de mourir.
Le politicien a très bien compris cela, et il exploite l’enseignant. Ce qui est très surprenant c’est que l’enseignant n’aie pas saisi comment il est exploité sous le couvert du service à la société qu’on lui demande.
Il s’agit là d’une forme courante de manipulation.

Je me suis adressé une fois à un congrès d’enseignants. C’était  « la journée de l’enseignant ». Je leur ai demandé : « Si un enseignant devient le président du pays, est-ce un honneur pour l’enseignant ? Lorsqu’un enseignant devient président, qu’est-ce qui est honoré dans la profession d’enseignant ? Selon moi, c’est si le président d’un pays devenait enseignant que je considérerais que la profession d’enseignant est honorée.
Si le président d’un pays sent que son travail n’a aucun sens, et s’il se sent joyeux de devenir enseignant - s’il veut devenir enseignant, être l’un d’entre eux, nous comprendrions alors que la profession en soit honorée. Mais si un enseignant devient président du pays, l’honneur revient au métier de politicien pas à celui d’enseignant. Si un enseignant est admiré parce qu’il devient le président du pays, y a-t-il alors quelque chose de faux chez un enseignant qui veut devenir proviseur, ou inspecteur, ou ministre de l’éducation ? Obtenir un poste hiérarchiquement supérieur est considéré comme quelque chose d’honorifique !
Ces positions concernent l’état. La structure de notre pensée est telle que nous mettons l’état au-dessus de tout. C’est ainsi que le politicien est au-dessus de tout, et que tout le reste lui est inférieur.
Consciemment ou inconsciemment, le politicien s’arrange pour que ces idées, ces façons de voir les choses, entrent dans la tête des enfants grâce à l’enseignant.

Les prêtres font de même.
La même chose se passe en ce qui concerne l’éducation religieuse. Chaque religion essaie de faire que ses croyances et ses principes, vrais ou faux,  s’installent dans la tête des enfants. Et ceci est fait lorsque l’enfant est très jeune, lorsqu’il est incapable de réfléchir. Il n’y a pas de plus grand crime contre l’humanité que celui-là.
Quel crime pourrait être plus grand que celui qui consiste à faire croire à un enfant que ce qu’il y a dans le Coran est la vérité, ou ce qu’il y a dans la Gîta, ou que, s’il y a un Dieu, c’est Mahavira, Krishna, ou Mahomet ? Mettre cela dans la tête d’un enfant encore complètement innocent, ignorant, et qui ne connaît rien du monde est un crime pire que n’importe quel autre.

À l’époque où il était question de l’indépendance de l’Inde, des politiciens demandèrent que les enseignants et leurs étudiants participent tous les deux au mouvement pour l’indépendance. Quand ces politiciens parvinrent au pouvoir, ils demandèrent que les étudiants et les professeurs ne se mêlent plus de politique. Les communistes et les socialistes dirent : « Non, il n’est pas souhaitable que les étudiants se désintéressent de la politique. Les enseignants et les étudiants doivent tous les deux participer à la politique. » Si les communistes arrivent au pouvoir demain, ils vont dire qu’il n’est maintenant plus souhaitable qu’ils prennent part à la politique. Ce qui est dans l’intérêt des politiciens pour parvenir au pouvoir est présenté comme juste, et ils font tout ce qu’ils peuvent pour que les enseignants et les étudiants croient eux aussi que c’est juste !
Selon moi, quelqu’un ne peut vraiment devenir enseignant que s’il a en lui la puissante flamme de la rébellion.
Un enseignant qui n’a pas cette force de rébellion en lui deviendra l’agent  d’une politique, ou d’intérêts particuliers. Tout enseignant doit avoir en lui cette flamme pour avoir une pensée et une réflexion rebelle. A-t-on en soi ce feu qui permet d’avoir une pensée indépendante ? Sinon sommes-nous autre chose que des boutiquiers ?

Être un enseignant est une grande chose.
Quel sens cela a-t-il ?
Y avez-vous jamais réfléchi ?
Vous pouvez enseigner aux enfants, comme cela se fait tout autour du monde, qu’ils doivent aimer les autres. Mais avez-vous déjà réfléchi au fait que toute la structure de l’éducation est construite non pas sur l’amour mais sur la compétition ? Vous proclamez que vous enseignez l’amour, mais tout est prévu pour enseigner la compétition.
Où il y a compétition, il ne peut pas y avoir d’amour. La compétition est une forme d’envie, une sorte de fièvre, de jalousie. Qu’enseignez-vous donc ?
Quand un enfant arrive premier en classe, on dit aux autres enfants qu’ils sont derrière et que leur camarade est arrivé premier. On enseigne aux enfants la flatterie, on leur apprend à être rivaux, et à arriver en tête. On leur enseigne l’ego, on leur dit que celui qui est arrivé premier est supérieur, et que ceux qui sont derrière sont inférieurs. Dans les livres on leur dit d’être humbles et aimants, alors que tout le système leur apprend la haine, l’envie d’arriver avant les autres. Celui qui arrive premier reçoit le premier prix, les mentions. On le vénère, on prend sa photo, et ceux qui sont derrière sont simplement insultés par le système.
Quand vous insultez celui qui est derrière, n’êtes-vous pas en train de piquer son ego pour le pousser à arriver avant les autres ? Quand on honore celui qui est arrivé en tête, n’est-on pas en train de renforcer son ego ? Quand les enfants sont entraînés à renforcer leur ego, quand ils sont poussés à la jalousie, à la compétition, comment pourraient-ils aimer ? L’amour est ce qui permet de mettre ceux qu’on aime devant. L’amour veut dire de rester toujours en arrière.

Je vais vous raconter une petite anecdote pour rendre la chose plus claire.
Il y avait trois saints Soufis qui devaient être pendus, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les personnes soi-disant religieuses sont toujours contre les vrais saints. En attendant d’être pendus, ils étaient assis l’un derrière l’autre. Le bourreau les appelait par leur nom, et les pendait.
Le bourreau cria un nom « Nuri ! », pour qu’il s’avance.
Mais celui qui s’appelait Nuri ne se leva pas, un autre se leva et dit : « Pendez-moi d’abord. »
Le bourreau dit : « Votre nom n’est pas Nuri ? Pourquoi êtes-vous si pressé de mourir ? »
Il répliqua : « Nuri est un ami et lorsqu’il est question de mort c’est à moi de passer d’abord, et quand il est question de vie c’est à moi de rester derrière. Je voudrais mourir avant que mon ami ne meure. Lorsqu’il est question de vivre mon ami doit vivre plus longtemps que moi. »
L’amour parle comme cela.
Que dit la compétition ?
La compétition vous dit de rester en arrière quand la mort est là, et de vous mettre devant quand il s’agit de vie.
Quand le poison de la compétition et de l’ambition est versé dans la tête des enfants, le monde en est-il meilleur ?
Quand un enfant est enthousiaste à l’idée de dépasser les autres, et que les autres acceptent de le laisser faire, après une telle éducation pendant vingt ans, que va-t-il faire dans la vie ? Il va faire exactement ce qui lui a été enseigné.
Tout le monde essaie de rabaisser l’autre. Du concierge au président, tout le monde rabaisse l’autre. Si un concierge devient président on lui dit qu’il doit en être très fier, que c’est une preuve de dignité. En fait il n’y a pas de plus grande violence que celle qui consiste à vous mettre devant et à repousser les autres. Mais nous enseignons cette violence et nous l’appelons éducation !
Dans un monde basé sur cette violence, si les guerres sont continuelles ce n’est pas surprenant.
Dans un monde basé sur ce type d’éducation, dans ce monde où les résidences de luxe sont construites à côté de taudis, qu’y a-t-il de surprenant à ce que les personnes qui vivent dans ce luxe se réjouissent de voir mourir les gens qui vivent dans les taudis ?

Il y a les pauvres et il y a les autres… qui possèdent tellement qu’il ne savent même pas quoi en faire ! Tout cela découle de la présente éducation, et l’enseignant est aussi responsable de cela. L’enseignant est responsable pour ce monde qui est le résultat de cette éducation. Il est devenu un instrument d’exploitation. Sous couvert d’instruire les enfants, l’enseignant est devenu un instrument au service des intérêts des gens installés.
Si c’est cela l’éducation, il serait alors préférable d’arrêter l’éducation complètement ! Peut-être que cela permettrait d’avoir un homme meilleur. Un homme sans éducation, vivant dans la forêt, sera meilleur parce qu’il aura plus d’amour et moins de compétition, plus de cœur et moins de mental.
Nous appelons cela « éducation » !
On enseigne aux enfants exactement le contraire de ce qu’on attend qu’ils fassent. Toute notre structure d’enseignement enseigne des choses contradictoires.
Qu’enseignons-nous ?
Nous enseignons la sympathie et la générosité. Mais comment un esprit de compétition pourrait-il être généreux et sympathique ? S’il y a de la sympathie chez un compétiteur comment peut-il être en compétition ? Le mental compétitif sera toujours dur, violent et sans générosité – il n’a pas d’autre choix. Notre système est tel que nous ne réalisons pas que celui qui se bat pour passer devant et qui maintient les autres derrière est une personne violente. Il est violent, et on l’a préparé pour cette violence. C’est comme cela que les usines à éduquer se développent. On les appelle ‘école’ et ‘université’ mais ce n’est que pur mensonge.
Ce sont des usines où l’on crée des esprits psychologiquement malades, et ces esprits malsains conduisent le monde dans le fossé. La violence se développe, la compétition se développe. La main de tout le monde est à la gorge de quelqu’un d’autre.
Ceux qui sont assis devant moi vont demander : « Sur quelles gorges avons-nous mis nos mains ? » Mais si vous regardez plus profondément, vous découvrirez que la main de chacun est sur la gorge de quelqu’un d’autre, et que la main de chacun est dans la poche de quelqu’un d’autre. Combien de temps cela va-t-il durer ? Quand est-ce que cela va s’arrêter ? D’où viennent ces bombes atomiques, ces bombes à hydrogène ? Elles viennent de la compétition et de la rivalité. Cela ne fait aucune différence que cette rivalité soit entre deux individus ou entre deux nations. Peu importe qui fait cela – la Russie ou l’Amérique – il y a compétition, on doit être le premier !
Si vous avez fait une bombe atomique, nous devons faire une bombe à hydrogène, une super bombe à hydrogène ! Nous ne pouvons pas rester derrière ! On ne nous enseigne pas de rester derrière. Si vous tuez dix personnes, on en tuera vingt. Si vous détruisez un pays, on détruira deux pays. Ce qui veut dire qu’on est prêt à détruire absolument tout, plutôt que de rester derrière !
Qui crée cette situation ?
Elle découle entièrement de l’éducation.
Mais nous sommes tellement aveugles que nous ne sommes pas capables de voir le problème. On enseigne aux enfants de n’être ni avides, ni peureux, mais que faisons-nous en réalité ? – nous leur enseignons tout le temps l’avidité (la cupidité, l’ambition) - et la peur !
Dans les temps passés il y avait la peur de l’enfer d’un côté et la récompense du ciel de l’autre. Cela a été enseigné pendant des milliers d’années. D’un côté la peur que je puisse me retrouver en enfer, de l’autre l’aspiration à réussir malgré tout à atteindre le paradis. Partout où il y a récompense et punition, il y a la peur et l’avidité. Mais qu’apprenons-nous aux  enfants ? Quelle est notre méthode pour enseigner ? La seule méthode est d’enseigner la peur et l’avidité. Ou bien nous punissons les enfants, ou on les tente en leur offrant des prix, une bonne réputation, un meilleur poste, un statut plus élevé dans la société.
À l’époque où j’étais étudiant, il y avait une formule : si vous étudiez bien vous deviendrez un grand patron, un chef, un président. Nous créons cette sorte de tentation dans la tête des enfants. Avez-vous jamais enseigné aux enfants à vivre une vie de paix et de joie ?
Non !

Nous leur avons appris à faire de leur vie une course vers des positions supérieures. Nous leur avons enseigné comment gagner plus d’argent, avoir de plus beaux vêtements. Nous leur avons enseigné d’être de plus en plus avide, parce que c’est une preuve de réussite. Y a-t-il une place quelque part pour ceux qui ne réussissent pas ?
Dans ce système d’éducation, il n’y a aucune place pour ceux qui ne réussissent pas. Nous ne faisons que créer l’obsession de la réussite, c’est donc naturel que celui qui veut réussir dans le monde ne recule devant rien. La réussite fait oublier tous les coups tordus. Un homme devenu président alors qu’il était au départ concierge… on ne se pose plus la question de savoir tout ce qu’il a fait pour y parvenir, une fois qu’il a atteint la position de président ! Plus personne ne se soucie de savoir comment il est devenu président, par quels moyens, par quelles tricheries, par quels mensonges, par quelles combines ?! Il n’est plus nécessaire de soulever la question. Plus personne ne le demande. Une fois que quelqu’un a réussi, toutes les magouilles sont oubliées. Le succès est le seul but. Alors pourquoi ne devrais-je pas moi aussi réussir en disant des mensonges et en devenant malhonnête ? Si je ne réussis pas en disant la vérité, ne pourrais-je rien essayer d’autre… ?

Nous avons donc fait de la réussite le centre de la vie. Et quand le mensonge et la malhonnêteté se développent nous sommes très malheureux. Tant que la réussite sera la référence, il y aura les mensonges, la malhonnêteté, les voleurs. On ne peut pas s’en débarrasser… si la malhonnêteté et les combines sont la seule façon de gagner, que peut-on y faire ? Quand la réussite est la seule valeur, tout le reste en est dépendant.

Nous ne cessons de nous plaindre et de nous lamenter que la malhonnêteté ne cesse de croître. Mais elle ne peut que se développer, puisque c’est le résultat de tout ce que l’on enseigne depuis cinq mille ans !

La réussite n’a aucune valeur. La réussite ne mérite ni grand respect, ni honneurs.
Un homme devrait atteindre l’accomplissement intérieur, l’épanouissement, pas la réussite.

C’est préférable pour quelqu’un d’échouer dans une bonne cause plutôt que de réussir dans une mauvaise. On devrait respecter les bonnes actions, pas la réussite. Mais la réussite est devenue une valeur, et toute la vie tourne autour d’elle.
On a récemment créé une commission de l’éducation. Son président a dit : « Nous apprenons aux enfants à dire la vérité ; nous le leur expliquons de mille façons, mais les enfants continuent à mentir. »
J’ai demandé au président s’il aimerait voir son fils devenir éboueur, ou concierge dans une école, ou s’il aimerait plutôt voir son fils président d’une commission, ou ambassadeur à l’étranger - s’élevant peu à peu jusqu’au sommet ? « S’il était éboueur, en seriez-vous gêné ? »
Il a répondu : « Oui, ça me dérangerait énormément. »
Alors je lui ai dit : « Si cela vous est insupportable, voulez-vous réellement que votre fils dise la vérité et soit honnête ? »
Tant qu’un journalier n’est pas respecté, et tant qu’un président est respecté, il ne peut y avoir aucune honnêteté dans le monde ! Parce qu’un journalier devra se passer du moindre respect sa vie entière.  La vie n’est pas si longue pour qu’il puisse un jour connaître la moindre reconnaissance, lui qui s’est contenté de rester dans l’honnêteté et dans la vérité. Si le mensonge mène à la réussite, qui est assez fou pour ne pas y recourir ?
La situation est telle que non seulement nous-mêmes, mais aussi le dieu que nous avons créé, et le paradis que nous avons également créé ne prennent en compte que les gens qui réussissent ! Si un journalier meurt, potentiellement son destin c’est l’enfer ! Aucun président ne va jamais en enfer – ils vont directement au paradis !
Nous devons détruire cette façon que nous avons de mettre la réussite au centre de tout. Si vous voulez réellement faire quelque chose pour vos enfants, et si vous aimez vos enfants, arrêtez de mettre la réussite au centre de tout, et créez un nouveau centre : l’accomplissement personnel, l’épanouissement.
Si vous avez un peu d’amour pour l’humanité, et si vous voulez vraiment l’avènement d’un monde nouveau, une nouvelle culture, un nouvel homme, vous devrez admettre que ça na va pas, que toutes ces vieilles croyances stupides doivent être détruites, et qu’il vous faut réfléchir à la manière de créer une rébellion qui provienne de l’intérieur même de l’individu.
Actuellement tout est faux, et donc on crée un homme faux.
Un professeur doit fondamentalement être un grand rebelle face à ce monde, c’est seulement comme cela qu’il peut faire grandir la nouvelle génération. Mais le professeur est un traditionaliste et ne cesse de répéter les vieilles imbécillités. Les enseignants ne changent pas. Avez-vous jamais entendu parler d’un enseignant à l’esprit rebelle acéré ?
C’est la personne la plus orthodoxe, la plus traditionnelle, et du coup la plus dangereuse qui soit.
La société ne reçoit rien de bon de lui.

Quelle sorte de rébellion est-ce que j’attends d’un enseignant ?
Devrait-il brûler les maisons ? Faire dérailler les trains ? Brûler les autobus ? Non !
Qu’on ne se méprenne pas sur ce que je dis.
Je dis seulement que son approche de ce qu’il appelle SES valeurs – son approche de ce qu’on appelle NOS valeurs – doit être animée par un sens critique, un esprit rebelle, et qu’il devrait réfléchir clairement et précisément à ce qui ne va pas.

Quand on dit à un enfant que c’est un âne, qu’il est un idiot, parce qu’il y en a un qui est loin devant lui, regardez si vous pensez vraiment que ce qui est dit à cet enfant est juste. Peut-il y avoir deux personnes égales dans ce monde ? Est-ce vraiment possible que celui que vous traitez d’âne puisse devenir pareil à celui qui est loin devant lui ?
Est-ce que cela a jamais été possible ?
Chacun est juste comme il est ; il n’est pas question de la moindre comparaison. Il ne devrait donc n’y avoir aucune évaluation - ni aucune comparaison avec les autres.
Une petite pierre est petite et une grosse est grosse.
Il y a de petites plantes et des grandes.
Un brin d’herbe est un brin d’herbe et un rosier un rosier : la nature, elle, n’est ni déçue par le brin d’herbe, ni fière du rosier.
Elle donne vie au brin d’herbe avec autant de joie qu’au rosier.
Si vous mettez de côté le mental humain, entre un brin d’herbe et un rosier, qui est le plus grand et qui est le plus petit ?
Rien n’est petit ou grand.
Le brin d’herbe est-il inférieur au sapin ? Si c’était le cas, Dieu aurait détruit le brin d’herbe et laissé dans le monde seulement les sapins.

Ce que les hommes ont choisi comme valeurs est quelque chose de faux.
Ce ne sont pas des valeurs du tout.

OSHO Revolution in Education – premières pages…
1967-1969
© Osho International Foundation


lundi 20 décembre 2010

Une nouvelle sorte d'amour

Texte entier :
Osho,

Vous dites que l’amour et la haine sont ‘un’ ; mais je peux voir qu’il y a  plus de haine dans le monde que d’amour.
Dans le même temps vous dites que l’illumination n’est ni amour, ni haine.
Parlez-vous de deux qualités différentes de l’amour ? Comment cela s’accorde-t-il avec votre  message d’amour ?

L’amour et la haine sont les deux côtés d’une même pièce. Mais il s’est passé quelque chose de vraiment dramatique avec l’amour. C’est inimaginable de voir comment ce drame a été causé par des gens qui avaient les meilleures intentions du monde.
Il est tout à fait possible de ne même jamais se douter de ce qui a détruit l’amour :
 c’est en réalité l’acharnement à enseigner l’amour qui a détruit l’amour.

La haine est encore pure – l’amour ne l’est plus.
Quand vous haïssez, votre haine a une authenticité.
Et quand vous aimez, ce n’est que de l’hypocrisie.
Ceci doit être compris.

Pendant des milliers d’années toutes les religions, tous les politiciens, tous les pédagogues n’ont enseigné qu’une chose, et cette chose est l’amour : aimez vos ennemis, aimez votre voisin, aimez vos parents, aimez Dieu…
D’abord, pourquoi se sont-ils mis à cette étrange série d’enseignements au sujet de l’amour ? Ils avaient peur de l’amour authentique, parce que quand votre amour est authentique il est au-delà de leur contrôle !
Vous êtes possédé par lui.
Vous n’en êtes pas le possesseur, c’est lui qui vous possède.
Et toutes les sociétés veulent que vous contrôliez la situation !

La société a peur de votre nature sauvage, elle a peur de votre naturel, aussi depuis le tout début elle veut vous couper les ailes. Et la chose essentielle qui est dangereuse en vous, c’est la possibilité d’aimer, car si vous êtes possédé par l’amour vous pouvez même aller contre le monde entier.
Ce petit homme, possédé par l’amour, se sent capable de réaliser l’impossible !
Dans toutes les histoires d’amour célèbres ce fait apparaît d’une façon très subtile, mais personne ne s’en est jamais soucié ou n’a jamais fait de commentaires sur ce sujet : pourquoi ce facteur déterminant apparaît systématiquement dans toutes les vieilles histoires d’amour ?
En Orient par exemple nous avons la plus célèbre des histoires d’amour, celle de Majnu et Laila. C’est une histoire soufie. Peu importe que ce soit historique ou non. Ce que je veux faire ressortir, c’est la structure de l’histoire, et c’est la même dans toutes les histoires d’amours célèbres, tout autour du monde.
La deuxième histoire d’amour orientale célèbre est celle de Siri et Farhad – mais la structure en est la même. La troisième histoire est celle de Soni et Mahival, et c’est toujours la même chose.
L’histoire est construite sur le fait que l’on demande à l’amoureux de réaliser quelque chose d’impossible ; s’il peut réaliser cette chose impossible, alors il obtient la bien-aimée. Naturellement les parents et la société ne veulent pas entendre parler de cette histoire d’amour ! Aucune société n’est prête à accepter une histoire d’amour, mais dire ‘non’ serait impoli !
Quand quelqu’un arrive avec une demande d’amour, vous ne pouvez pas vous contenter de dire non. Même si vous voulez dire non - et vous allez dire non !- il faut trouver un moyen, et c’est le moyen : demander à l’amoureux de réussir quelque chose d’impossible, quelque chose qu’il ne peut pas faire - et vous le savez très bien - quelque chose qui est une tâche surhumaine. Et s’il ne peut pas l’accomplir, vous n’êtes alors plus responsable, c’est lui qui a échoué ! C’est la façon civilisée de dire non !

Il est dit à Farhad qu’il peut obtenir Siri, si, tout seul, il peut creuser un canal depuis les montagnes jusqu’au palais du roi – Siri est la fille du roi. Et le canal doit être rempli de lait, pas d’eau ! C’est pure absurdité.
D’abord, même s’il s’agissait de construire un canal avec de l’eau… un jeune homme, tout seul… et depuis les montagnes, à des centaines de kilomètres, ça va lui prendre des milliers d’années pour arriver jusqu’au palais. Faisons l’hypothèse qu’il accepte que ce soit possible, comment va-t-il remplir ce canal de lait ? D’où va provenir une telle quantité de lait pour couler jusqu’au palais ? Et le roi veut que le jardin de son palais soit arrosé par du lait – c’est la condition pour que Farhad soit qualifié pour obtenir la main de sa fille.

J’ai réfléchi à ces centaines d’histoires d’amour, célèbres tout autour du monde, mais d’une façon ou d’une autre cette constante apparaît toujours : il est demandé quelque chose d’impossible. Ce que je comprends, c’est que ce facteur essentiel n’est pas là sans raison.
Il y a quelque part, dans l’inconscient du mental humain, la reconnaissance que l’amour peut rendre l’impossible, possible.
L’amour est tellement fou ! Une fois que vous êtes possédé par l’amour vous ne pensez plus en termes de raison, de logique, de réalité. Vous vivez dans un monde de rêves où tout est en votre pouvoir. Ce qui m’a intéressé dans ces histoires d’amour ça a été de découvrir qu’il y a quelque chose de très essentiel en ce qui concerne l’amour. Ce que j’ai découvert c’est que l’amour vous rend tellement ‘fou’ que rien n’est impossible !

Quand on demande à Farhad de réaliser cet énorme travail de creuser un canal depuis les montagnes à des centaines de kilomètres, il s’y met ! Il ne dit même pas :  « Êtes-vous fou, qu’est-ce que vous demandez ? Vous rendez les choses impossibles dès le départ, pourquoi ne dites-vous pas tout simplement ‘non’ ? Pourquoi tourner autour du pot ? » Non, il ne dit pas un seul mot, il prend une pelle et part dans les montagnes.

Les gens de la cour demandent au roi :  « Qu’avez-vous fait ? Vous savez très bien que c’est impossible. Vous ne pourriez pas le faire, nous ne pourrions pas le faire, personne ne peut le faire.
Vous-même avec toute votre armée, avec toutes vos forces, ne pourriez pas amener ce canal jusqu’au palais – et y mettre du lait… venant d’où ? Le lait ne coule pas dans les torrents de montagne. Vous pouvez conquérir le monde entier – on connaît votre pouvoir et vos armées – mais il s’agit d’autre chose. Vous ne pouvez pas changer les lois de la nature.
« Ce pauvre garçon, tout seul – et vous lui avez précisé qu’il ne devait demander l’aide de personne – doit creuser ce canal entre les montagnes et le palais. Ça va lui prendre des millions d’années, et même s’il réussit… d’où va venir le lait qui doit remplir le canal ? »
Le roi répondit :  « Je sais tout cela – cela ne se réalisera pas. C’est pourquoi je l’ai demandé,  je lui fais porter toute la responsabilité de la chose. Maintenant s’il ne peut pas le faire, c’est lui qui en est responsable et j’évite ainsi d’avoir à dire non à quelqu’un ! »

Mais les gens de la cour s’inquiétaient pour le jeune homme, Farhad. Ils se précipitent pour le rattraper et lui demandent : « Êtes-vous fou ou quoi ? Où allez-vous ? Ce n’est pas possible. »
Et Farhad dit : « Tout est possible. Mon amour doit seulement être authentique, vrai. »

L’existence ne peut pas refuser quelque chose à l’amour. L’existence peut changer sa nature, ses lois, mais elle ne peut pas décevoir l’amour, car l’amour est la loi la plus haute de la nature. Pour la loi la plus élevée, les lois inférieures peuvent être effacées, changées.
Les conseillers du roi, gens avisés, furent choqués par la réponse, mais la réponse semble valable. Ce que le jeune homme dit est sensé. Et l’histoire est que Farhad réussit ! Seul, il réussit à créer le canal, et grâce à son authenticité, son intégrité, à sa confiance dans l’existence, l’eau se transforme en lait.

Ce n’est qu’une histoire ; je ne crois pas que l’existence ou la nature va se mettre à changer ses lois. Mais une chose est certaine : la société s’est rendu compte très tôt que l’amour est fou, hors normes. Et une fois qu’un homme est possédé par l’amour il est alors hors de votre contrôle, vous ne pouvez plus l’obliger à quoi que ce soit. Plus aucune raison ne marche, aucune logique n’a plus le moindre sens pour lui ; son amour est la loi ultime.
Tout le reste doit s’y soumettre.
Je ne veux pas dire que tout le reste se soumet, je ne veux pas dire que la nature va changer ses façons de faire, je ne veux pas dire que l’amour rend les miracles possibles. Non, ce que je veux dire c’est qu’il y a cette peur, cette peur que l’amour peut rendre un homme si fou qu’il peut se mettre à croire à des choses comme ça ; et il est alors au-delà de tout contrôle.

Pour garder le contrôle sur quelqu’un, vous devez, dès son plus jeune âge, créer en lui une fausse idée de l’amour, et continuellement l’imposer, afin qu’il ne soit jamais possédé par l’amour authentique et qu’il ne devienne jamais fou, et qu’il reste toujours normal.
Normal veut dire être un esclave des règles de la société, normal veut dire qu’il suit les règles du jeu de la société.

L’amour peut vous rendre rebelle, le faux amour vous rend obéissant, c’est pourquoi ils vous apprennent à aimer Dieu !

Dire à un jeune enfant d’aimer Dieu est un tel non sens ! L’enfant ne sait pas qui est Dieu, et sans connaître l’objet de l’amour comment pourriez-vous attendre qu’il l’aime ?
Mais vous priez Dieu les mains jointes vers le ciel, et l’enfant se met à vous imiter. Dieu est là, en haut, au ciel, et pourtant, tout le monde sait maintenant que la terre est ronde !
Ce qui est au-dessus de nous ici, n’est pas le haut pour l’Inde ; pour eux c’est en-dessous. Le ciel qui est au-dessus de nous n’est pas au-dessus d’eux. Mais tout autour de la terre, les gens regardent vers le ciel, et le Dieu qui vit là, en haut, au ciel !
Si on prend en considération que la terre est ronde – le ciel est partout ‘au-dessus’. Et différentes parties du ciel sont au-dessus de différentes personnes, et rien n’est stable puisque la terre tourne sur son axe continuellement, aussi ce qui était au-dessus de vous il y a quelques instants n’y est déjà plus. Ce qui était au-dessus de vous il y a quelques heures est peut-être maintenant en dessous de vous. Pour se maintenir au-dessus de vous votre Dieu doit se livrer à un incroyable numéro de cirque. Vous lui demandez une tâche impossible… et même si vous lui accordez l’omnipotence, il ne peut pas s’en sortir ! C’est simplement impossible.

Le jeune enfant se met à imiter. Quoi que fassent les parents, l’enfant se met à le faire. Ils vont à l’église – il va à l’église. Ils vont à la synagogue – il va à la synagogue. C’est contre nature. Un homme qui peut aimer Dieu est un homme qui ne saura jamais ce qu’est l’amour.
Réfléchissez simplement : une personne qui peut aimer Dieu sans même savoir qui est ce type, où il est, s’il existe vraiment ou pas, et si il existe, est-ce qu’il est digne d’amour ? Est-il seulement intéressé par vous et par votre amour ? Une personne, sans rien connaître de tout cela, aime Dieu, aime Jésus-Christ, sans savoir si cette personne est réellement un fait historique ou non !?

Si les histoires que les chrétiens racontent au sujet du Christ sont vraies, alors le Christ ne peut pas être un fait historique. C’est là le paradoxe.
Si leurs histoires au sujet de Jésus sont vraies, alors Jésus ne peut pas être vrai. Jésus ne peut être vrai qu’à une condition : si les histoires racontées par les Chrétiens à son sujet se révèlent fausses. Maintenant c’est un vrai problème, car si toutes les histoires racontées à son sujet par les Chrétiens se révèlent fausses, les Chrétiens eux-mêmes ne peuvent plus du tout être intéressés par un tel Christ. Ils sont intéressés seulement parce qu’il y a toutes ces histoires – et si elles sont fausses… !
Jésus ne signifie rien pour eux, ce sont seulement ces histoires : le fait de naître d’une femme vierge, sa marche sur l’eau, le fait de transformer l’eau en vin, de changer les pierres en pain, son pouvoir de guérir les aveugles, les estropiés, les paralysés, de ramener le mort à la vie. Pour un catholique, toutes ces histoires sont la base de sa foi.

Et je dis que si toutes ces histoires sont vraies, alors Jésus doit être vu comme un personnage mythologique. Cela ne peut pas être un fait historique, car les gens réels ne marchent pas sur l’eau. Il n’y a aucun moyen de changer l’eau en vin, il n’y a aucun moyen de changer les pierres en pains.
Dans la vie même de Jésus vous trouverez de nombreuses évidences que ces choses ne peuvent pas être vraies, car il y eut des jours où lui et ses disciples avaient faim et devaient dormir l’estomac vide parce que les villageois qu’ils avaient rencontrés sur leur chemin étaient très hostiles. Ils ne les hébergèrent pas, et ne leur donnèrent pas à manger. Mais si cet homme était capable de changer les pierres en pain, il n’y aurait pas eu de problème !

Si cela avait été le cas il aurait pu changer la face de l’humanité, et il n’y aurait eu aucune raison pour les Juifs de le crucifier, il aurait fourni de la nourriture à l’humanité toute entière ! Il y a assez de pierres dans le monde – toutes ces montagnes ! Il aurait pu changer l’Himalaya en pain, pour que les Indiens puissent avoir à manger pendant des siècles et des siècles. Il aurait pu changer les océans en vin, il n’y aurait plus eu de souci à se faire à ce sujet, même les pauvres auraient pu s’offrir les meilleurs vins, les plus âgés, les plus fins.

S’il était capable de faire revivre les morts alors plutôt que de ramener Lazare à la vie – ce qui n’était d’aucune utilité… je ne vois pas que de ramener Lazare à la vie ait la moindre valeur… Il aurait dû choisir Moïse, Abraham, Ezekiel -  les Juifs l’auraient alors vénéré plutôt que de le crucifier. S’il avait ramené à la vie tous les vieux prophètes, les Juifs l’auraient à coup sûr accepté comme le fils unique de Dieu ! Ce n’était pas la peine d’argumenter, il suffisait de prouver qui il était, par ses actions.

Mais ces histoires ne sont que des histoires. Si l’on veut que Jésus soit un fait historique, Il doit alors être ‘dépouillé’ de tous ces miracles. Mais si tous ces miracles sont abandonnés les Catholiques ne sont plus intéressés par Jésus. Que reste-t-il de Lui ? Pourquoi devraient-ils croire en Lui ?
En réalité ils n’ont jamais cru en lui.

C’est pourquoi je dis que ma religion est la première et la dernière religion sur la terre, car vous n’êtes pas ici avec moi à cause de miracles que j’aurais accomplis. Vous êtes ici avec moi, bien qu’il n’y ait rien de spécial en ce qui me concerne.
Je ne suis porteur d’aucune autorité venant de Dieu, je n’ai aucun support de la part des écritures. Je suis simplement aussi ordinaire que vous l’êtes.
Jusqu’à maintenant cela n’était jamais arrivé. Les gens aiment Jésus à cause de ses miracles ; enlevez les miracles et leur amour disparaît.
Ils étaient attirés par la dimension magique, ils n’étaient pas du tout intéressés par Jésus lui-même. Ils furent intéressés par Krishna parce qu’il était l’incarnation de Dieu et qu’il accomplissait tellement de miracles ! Enlevez ces miracles, et Krishna est fini.
Vous ne pouvez pas en avoir fini avec moi. Vous pouvez tout enlever en ce qui me concerne, mais vous n’en aurez pas fini avec moi pour autant, car je n’ai jamais essayé en aucune manière de vous influencer, ou de vous impressionner par quelque chose de surhumain. Vous pouvez tout me retirer mais votre relation avec moi restera la même ; cela ne peut pas être changé, car c’est une toute simple relation.
Ces relations entre les Catholiques et le Christ, les Juifs et Moïse, les Hindous et Krishna ne tiennent aucun compte des individus. Si Jésus vous croise un jour et vous dit, « Je suis le Christ », la première chose que vous allez lui demander c’est de marcher sur l’eau !
Vous ne pouvez pas me le demander à moi !
Vous ne pouvez même pas me demander de marcher… parce que je n’ai jamais fait même ce miracle ! Marcher sur l’eau… ! vous ne pouvez pas me le demander car vous allez vous rendre ridicule. Mais avec Jésus vous pourriez le lui demander et vous seriez tout à fait juste. S’il se noie, il se noie. C’est contre les lois de la physique, il va se noyer.
Quelle va être alors votre relation avec un Jésus qui se noie ? Vous allez devoir sauter pour le sauver et lui faire de la respiration artificielle. Quelle va être votre relation avec cet homme ? Réfléchissez-y.
Non, vous n’avez aucune relation avec Jésus, Mahavira, Bouddha, Krishna, aucune. Votre attention a été détournée.
Ils vous enseignent d’aimer Jésus. Pourquoi ? Parce qu’il transforma l’eau en vin ? Même s’il a transformé de l’eau en vin, ça ne veut pas dire qu’il mérite votre amour. De fait il a plutôt commis un crime, il devrait être derrière les barreaux. Transformer de l’eau en vin, sans une licence… vous êtes dans l’illégalité, contre le gouvernement, contre la société. Il devrait être puni – je ne vois pas en quoi il mérite votre amour. Et c’est une histoire d’il y a longtemps… aujourd’hui il transformerait les légumes en marijuana, en hash !
Le président Ronald Reagan ne cesse de citer Jésus, ne sachant rien de l’homme, ne sachant pas que s’il était ici et qu’il se mettait à faire des miracles – et il aurait à en faire parce que sans eux il n’est personne – il deviendrait le plus grand dealer d’Amérique ! Ce serait le seul miracle que l’Amérique pourrait comprendre. Il ne se mettrait certainement pas à transformer les pierres en pain – il y a assez de pain en Amérique – il transformerait les pierres en L.S.D.
Non, il n’a jamais fait aucune de ces choses qu’on lui prête. Mais alors votre amour et votre foi disparaissent. Dès votre prime enfance on vous a dit d’aimer Dieu que vous ne connaissiez pas ; vous n’étiez même pas certain qu’il existe. Vous avez été détourné vers une direction qui relève de l’imaginaire, et qui n’a aucun lien avec la réalité.
Votre amour pour Jésus n’est pas ‘pour Jésus’ mais pour des choses qui n’impressionnent que des esprits médiocres.
Si vous avez un peu d’intelligence, vous pouvez voir que tout cela n’est que non sens.
Mais dès votre enfance on a détourné votre amour vers des dimensions irréelles.
Il y a une façon de faire qui est en fait une stratégie très redoutable qui consiste à donner à votre amour un certaine mode, une certaine direction qui reste impossible à concrétiser ; et à cause de cela, ce que vous pourriez rendre concret n’a plus d’intérêt pour vous.
Quelqu’un à qui on a enseigné d’aimer Dieu va trouver que d’aimer un homme ou une femme est tomber trop bas ! Dieu est là, au-dessus de tout, au ciel – et cet homme ou cette femme n’est qu’ordinaire… Ils ont donné à votre amour un objet si impossible que tout ce qui serait possible semble être en-dessous de vous !
Même si – à cause de votre nature d’humain, de votre biologie – vous tombez amoureux, il y a une partie de vous qui continue à dire : « Il y a quelque chose de faux quelque part ! » Et vous vous sentez coupable.

C’est la première chose qu’ils ont fait à votre amour.
La deuxième chose qu’ils ont fait est de dire : « Aime ta mère…. » Pourquoi ? – « parce qu’elle est ta mère ! » Est-ce que ça suffit pour que l’amour existe ?
Devez-vous aimer quelqu’un parce que ce quelqu’un est votre mère, votre père, votre frère, votre fille, votre sœur ? Ces sortes de relation ne peuvent pas créer de l’amour. Elles peuvent créer une certaine sorte de respect – c’est votre mère et vous pouvez la respecter. C’est votre père, vous pouvez le respecter, il vous a élevé.
Mais l’amour n’est pas quelque chose dont on fait ce qu’on veut.
Le respect est quelque chose qui est entre vos mains, qui dépend de vous, mais pas l’amour.
L’amour est quelque chose qui – quand il arrive – arrive comme un cyclone, vous cerne, vous envahit totalement.
Vous n’êtes plus du tout là.
Quelque chose de plus haut que vous, de plus grand que vous, de plus profond que vous, a pris possession de vous. Pour éviter cela on vous a enseigné l’hypocrisie en lieu et place de l’amour ! Aime ta mère.
Juste par cet enseignement : aime ton père, aime ta mère, aime ton frère, aime ta femme, aime ton mari, aime tes enfants – et comme cela vous a été tellement dit, vous n’avez jamais posé la question : « Est-ce possible ? Est-ce que cela fait partie de la capacité de l’être humain d’aimer quelqu’un, comme ça !? »
Une question absolument fondamentale a été complètement oubliée !

Si on vous dit d’aimer quelqu’un, comment allez-vous vous y prendre pour le faire ?

Oui, vous pouvez le jouer, vous pouvez faire semblant, vous pouvez répéter les magnifiques dialogues des films que vous avez vus, ou des romans que vous avez lus. Vous dites de belles choses, mais rien ne vient de vous. Vous n’êtes pas en amour, vous jouez simplement une pièce, un rôle. Et le tragique de tout cela, c’est que la plupart d’entre nous continuent toutes leurs vies à être simplement en répétition, ce n’est même pas la pièce. La date de la pièce n’arrive jamais, ce ne sont que les répétitions qui se poursuivent sans fin…
Et si pour quelques personnes, le jour de la première arrive, la représentation est aussi irréelle que quelque chose peut l’être, car votre cœur n’y est pas investi. C’est mort, ça ne respire pas. Ça n’a aucune chaleur, aucun vivant, pas de danse.
Vous le faites parce que vous avez été entraîné à le faire. C’est une sorte d’exercice, une gymnastique, de l’étiquette, du maniérisme – n’importe quoi – mais pas de l’amour.

C’est par ces méthodes qu’ils ont saboté votre authenticité en ce qui concerne l’amour.

Votre question concerne ce que j’ai dit, que l’amour et la haine étaient la même énergie ; alors pourquoi y a-t-il tant de haine dans le monde et si peu d’amour ?
C’est parce que personne ne vous a enseigné la haine ; de ce fait, la haine est restée pure, non falsifiée. Personne ne s’est occupé de vous à ce sujet, personne ne vous a dit comment haïr, qui haïr. Puisque la haine n’a pas été touchée par vos parents, vos éducateurs, vos prêtres, elle a une pureté, une sincérité.
Quand quelqu’un vous hait, vous pouvez vous y fier, il vous hait !
Quand quelqu’un vous aime, vous ne pouvez pas vous y fier.

Vous savez parfaitement bien que quand vous détestez quelqu’un, c’est quelque chose d’une très grande force, et quand vous aimez quelqu’un, il n’y a pas cette force.
Vous vous rappelez de vos ennemis plus que de vos amis. Vous pouvez oublier vos amis, mais vous ne pouvez pas oublier vos ennemis.
Que se passe-t-il ?
Cela vient du fait que votre amour a été faussé, et quelque chose d’irréel et qui n’est pas de l’amour, vous a été proposé. Et vous avez joué avec cela, en l’appelant ‘amour’, inconscient que vous aviez un réel potentiel d’amour en vous.
Aussi quand vous aimez c’est juste ‘comme ci comme ça’, à fleur de peau. Il suffit de gratter un peu et ça disparaît. Mais quand vous haïssez, vous haïssez depuis vos tripes. Ce n’est pas à fleur de peau, c’est au fond des tripes !
J’ai été surpris de voir combien votre haine est pure, quelle authenticité elle a, quel naturel, quelle spontanéité. Et juste à cause de cette spontanéité, de ce naturel, de cette authenticité, de cette pureté, j’y vois une certaine beauté, qui ne se trouve pas dans votre amour. Votre amour est du bluff.
C’est la raison pour laquelle vous ne voyez pas tellement d’amour dans le monde et que vous y voyez autant de haine.

Vous écoutez trop tout ce bavardage au sujet de l’amour dans le monde. Tout le monde aime tout le monde, tout le monde parle de l’amour, mais ce ne sont que des mots vides : bla-bla-bla, bla-bla-bla…
C’est comme ça dans le monde entier.
Tout le monde parle d’amour – de beaux dialogues – mais en fait vous voyez de la haine partout : les nations se haïssent, les partis politiques se haïssent l’un l’autre, les classes sociales se haïssent. Regardez avec un peu d’attention et vous allez être surpris de voir le nombre de sources de haine qui existent !
Et tous les dix ans, douze ans, vous avez besoin d’une guerre mondiale – tellement de haine  qui s’est accumulée. Tous les jours vous nourrissez cette haine, et elle continue à s’accumuler tellement qu’elle doit exploser dans une guerre mondiale tous les dix, douze ans.

En trois mille ans, cinq mille guerres ont été menées dans le monde. Qui en est responsable ? – les gens bien-intentionnés, les biens-pensants qui sont continuellement après vous à vous enseigner l’amour, la gentillesse, la compassion !
Personne ne vous enseigne la haine, ce qui fait qu’elle existe encore, bien plus forte, bien plus vibrante, jeune et fraîche.

J’aimerais que vienne le temps où plus personne ne cherche à vous enseigner l’amour, non plus ! On devrait vous laisser tranquille. On devrait juste vous inviter à être plus conscient, vigilant, attentif à tout ce qui se passe pour vous – haine ou amour, ça n’a pas d’importance.
Ce qui est important, c’est que si vous haïssez vous haïssiez avec conscience.
Et que si vous aimez, vous aimiez avec conscience.
Si j’avais à vous enseigner quelque chose, je n’irai pas vous dire qui aimer, ou comment aimer. C’est du pur non sens. L’amour est votre propre qualité. Vous êtes né avec, de la même façon que la haine est là aussi. Je vous enseignerai : soyez pleinement attentif !
Avant que quoi que ce soit ne vous arrive – amour, haine, colère, passion, compassion, n’importe quoi – soyez pleinement conscient.
Laissez tout ce qui arrive émerger de votre conscience en éveil. Et le miracle de cette conscience vigilante c’est que, sans que vous n’ayez rien à dire ou à faire, elle dissout simplement tout ce qui est laid en vous et le transforme en beauté.
La conscience est une force qui transforme.
Par exemple si vous êtes conscient-e de la colère, elle disparaît.
Si vous êtes conscient-e de l’amour, il va devenir plus fort.
S’il y a de la haine et que vous en êtes conscient-e, elle va disparaître, se dissiper. Vous allez bientôt vous rendre compte que ce nuage de haine a disparu, et qu’à sa place une qualité complètement opposée – un mélange de compassion, de gentillesse, d’amour – est apparu en arrière plan, comme un parfum.
Pour moi c’est le critère : tout ce qui se trouve affirmé, approfondi par votre conscience est vertu ; tout ce qui disparaît à la rencontre de votre conscience est péché.
Pour moi c’est la bonne façon de définir les choses : je ne catalogue aucun acte comme péché, vertu, bien, ou mal – les actes n’ont pas cette qualité. C’est votre conscience.
Faites-en l’essai, et vous allez être étonné de constater qu’il y a des choses qui ne peuvent pas rencontrer la conscience, elles disparaissent simplement.
La conscience fonctionne presque comme de la magie.
Et ce que je suis en train de vous dire, vous pouvez en faire l’expérience. Je ne vous dit pas de le croire, car croire n’est d’aucune aide. Vous devrez en faire l’expérience.
Vous devrez regarder, avec les différentes choses qu’il y a en vous, qu’est-ce qui reste et qu’est-ce qui disparaît.
Et c’est vous seul qui pouvez découvrir ce qui est bon pour vous et ce qui est mauvais pour vous. Alors gardez vivante en vous la flamme de la conscience, de l’attention vigilante, percutante, dans toutes vos actions, et dans votre vie vous ne trouverez alors plus ni haine, ni colère, ni jalousie : pas parce que vous les avez quittées, pas parce que vous les avez réprimées, pas parce que d’une façon ou d’une autre vous avez réussi à vous en débarrasser, pas parce que vous avez pratiqué quelque chose de spécial contre elles, non, vous n’avez rien fait, vous ne les avez même pas touchées… c’est là la beauté de la présence consciente, elle ne réprime jamais rien, mais il y a des choses qui fondent littéralement à la lumière de la conscience, et changent !
Et, à la lumière de la conscience, il y a des choses qui deviennent plus solides, qui s’intègrent davantage, qui vont plus profond, qui deviennent plus fortes : l’amour, la compassion, la gentillesse, l’amitié, la compréhension.

Toutes les religions démodées du passé ont focalisé l’attention des gens sur leurs actions en les catégorisant : ceci est bien, ceci est mal, vous devez faire ceci, vous ne devez pas faire cela…
Je veux changer toute cette approche.
Les actions n’ont rien à voir avec le bien et le mal.
C’est VOUS, votre vigilance attentive, votre conscience lucide, qui êtes déterminant. Toute action faite avec conscience peut être belle, et la même action sans conscience peut être détestable.
Avec votre conscience la même action, dans une situation particulière, peut disparaître, et dans une autre situation peut devenir plus établie, plus forte.
Chaque acte n’a pas une qualité prédéterminée, ou chaque émotion, ça dépend de milliers de choses ; mais votre dimension intérieure de conscience tient compte de tout, faites-lui confiance. C’est comme quand il y a de la lumière et que tout devient clair pour vous, vous pouvez voir.

Un maître Zen, durant toute sa vie, fut continuellement emprisonné. C’était un grand maître qui avait des milliers de disciples. Même les magistrats l’aimaient, le respectaient. Et ils le suppliaient : « Pourquoi faites-vous ces choses bizarres ? On ne peut pas comprendre, c’est inexplicable pour nous » - car il volait de petites choses à ses propres disciples, et naturellement la loi devait être appliquée.
Le juge disait : « Nous savons qu’il doit y avoir quelque chose derrière. Pourquoi voler une chaussure à quelqu’un ? – ça n’a pas de sens, vous ne pouvez pas vous en servir. Et maintenant on doit vous envoyer pour deux mois en prison… » Le maître Zen était toujours très content quand il entendait cela, et avait l’habitude dire de aux juges : « Vous ne pourriez pas m’envoyer en prison un peu plus longtemps ? – de toute façon quand je vais sortir je vais recommencer, et vous aurez à me juger à nouveau… pourquoi ne pas me mettre en prison pour plus longtemps et m’éviter ainsi d’avoir à refaire toutes ces choses ? »
C’est seulement à la fin de sa vie, alors qu’il allait mourir, que ses disciples lui demandèrent : « Maintenant laisse-nous au moins te poser la question car on n’aura plus d’autres chances de savoir pourquoi tu volais ces choses, qui n’avaient aucun intérêt pour toi. On étaient prêts à t’apporter tout ce que tu aurais voulu, mais tu n’as jamais rien dit, tu n’as jamais rien demandé ! »
Il rit.
Il dit : « La raison réelle était  que je voulais rester aussi longtemps que possible en prison, car il y a trois milles personnes dans la prison, et j’ai trouvé parmi ces trois mille personnes des gens plus innocents, des êtres humains plus naturels que ceux que je rencontre en dehors de la prison. Et hors de la prison, il y a plein de maîtres, plein de religions, et ils font ce qu’ils ont à faire. Personne ne prend soin de ces pauvres gens.
« Quand je suis en prison, je leur enseigne la méditation, je leur apprends comment être conscient – la prison est devenue un monastère ! 
« On l’a complètement changée !
« Tous les prisonniers méditent. Les gardiens ne peuvent pas s’en rendre compte, car les prisonniers font simplement tout avec conscience. Ils continuent à faire le même travail qu’avant : s’ils coupaient du bois, ils coupent toujours du bois ; s’ils cassaient des pierres, ils cassent toujours des pierres ; s’ils faisaient des routes, ils font toujours des routes. Ce qu’ils faisaient avant, ils le font toujours maintenant, mais avec une grande différence.
« Et le meilleur monastère que j’ai jamais connu » dit-il « c’est la prison dans laquelle j’ai été continuellement, car il y a dans cette prison des gens qui sont condamnés à vie – vingt ans, trente ans.
« C’est là une grande opportunité : pendant trente ans ils vont pouvoir méditer sans être perturbés par le monde extérieur. Où aurais-je pu trouver de telles personnes ?
« Et je suis extrêmement heureux car je laisse derrière moi, dans cette prison, quelque chose qui va se poursuivre pendant des siècles. Cette prison restera une prison complètement différente. Celui qui arrive maintenant dans la prison va être concerné par la méditation car il y aura toujours des anciens qui seront encore là. »

Si on regarde cela de l’extérieur… un homme qui vole fait quelque chose de mal, un homme qui est constamment envoyé en prison, qui est condamné sans cesse, est certainement un criminel. Mais si vous regardez la conscience de cette personne, et l’acte qui émane de cette conscience, c’est complètement différent. Ne jugez jamais personne par son acte, car la chose réelle n’est pas l’acte mais la conscience à travers laquelle cet acte a été accompli. Mais nous jugeons tous à partir des actes, parce que les actes sont accessibles de l’extérieur comme les objets. La conscience, nous ne connaissons pas.

Il arriva que dans un monastère Zen… le bâtiment avait deux ailes, la droite et la gauche – le monastère avait été construit comme ça. Cinq cents moines vivaient dans une aile et cinq cents dans l’autre, et la maison du Maître était juste au milieu.
Le Maître avait un chat, un très beau chat, et tous les disciples étaient très gentils avec le chat. Mais il y avait parfois des conflits parce que ceux qui habitaient l’aile gauche voulaient avoir le chat, ils faisaient une fête ou quelque chose – mais ceux de l’aile droite ne voulaient pas leur laisser le chat à ce moment-là. Le chat devint un constant objet de discussions, de conflits…

Un jour le Maître appela les disciples et leur demanda d’apporter le chat. Il leur dit :  «  Des deux côtés vous aimez la chat, mais le chat n’est qu’un ». Alors il coupa le chat en deux – ce fut un choc pour tous les disciples, et il leur dit : « Vous pouvez en avoir la moitié… et vous aussi vous pouvez en avoir la moitié… Maintenant plus de conflits dans ce monastère ! »
Il y eut le silence. Ils ne pouvaient pas comprendre qu’une personne aussi non-violente put couper le chat en deux. Ils se demandaient tous… ils étaient traumatisés, et se posaient des questions. L’histoire vint aux oreilles du roi qui était aussi un disciple du Maître.
Il ne put retenir sa curiosité ; il vint le jour suivant. Il demanda : « J’ai entendu dire que vous aviez tué votre chat tant aimé ? »
Le Maître répondit : « Je n’ai pas tué la chat, j’ai tué le conflit, une querelle qui grandissait chaque jour et qui était devenue excessive, et ces idiots n’auraient rien compris sans une mesure radicale. Je n’ai pas tué le chat, car personne ne meurt. Le chat est libéré de son corps à cause de ces idiots. Et de toute façon il allait mourir, il avait déjà vécu assez longtemps – peut-être aurait-il vécu encore un an ou deux au maximum.
« Avant de le tuer je suis devenu totalement silencieux, conscient, et je me suis demandé, ‘Qu’est-ce que ce chat va faire de plus dans ces deux ans qui viennent ? Rien. Mais pendant ces deux ans ces idiots peuvent faire beaucoup.’
« Je n’ai pas tué le chat sous le coup de la colère, je ne l’ai pas tué sous le coup de la haine. Je l’aimais, et je l’aime encore plus aujourd’hui, car il m’a aidé à résoudre un problème. Et ce fut un choc salutaire pour ces idiots, car sans choc leurs esprits ne fonctionnent pas. Il faut les heurter une fois de temps en temps ! »

À coup sûr, de ce jour, tout conflit simplement disparut, car les disciples devinrent conscients que cet homme était dangereux, il pouvait tuer quelqu’un ; les querelles devenaient trop risquées. Tout argument cessa.
Et le roi fut absolument satisfait. Il dit : « Ça a toujours été votre enseignement, que ce n’est pas l’acte qui compte mais la conscience. On ne peut voir que l’acte, on ne sait pas dans quelle conscience vous l’avez fait. Ce n’est connu que de vous. Qui sommes-nous pour en décider ? »

Ne jugez jamais personne par son acte.

Attendez.

Essayez de découvrir avec quelle conscience il a agi – autrement ne jugez rien. C’est préférable de ne pas juger du tout. Et en ce qui vous concerne, rappelez-vous, quoi que ce soit que vous fassiez, gardez une chose en tête : que vous le faites en pleine conscience.
Alors je vous autorise une totale liberté.
Aucune religion ne vous a autorisé à être libre.
Je vous accorde une totale liberté.
Aucune religion ne vous a donné la responsabilité envers vous-même : aucune religion ne vous a donné le droit de décider de ce qui est bien et de ce qui est mal. Je vous donne ce droit, cette responsabilité, car pour moi tout arrive d’une seule source – et c’est la conscience.

La question dit que j’ai parlé de l’amour, que mon message concerne l’amour, et j’ai aussi dit que la personne illuminée n’a ni amour ni haine. Maintenant plutôt que de me le demander, vous êtes assez matures pour vous y retrouver dans des choses aussi simples.
C’est si simple : si sous l’effet de la conscience tout l’énergie de haine se transforme en amour, c’est un phénomène complètement neuf – qui nécessite un nouveau nom. Mais que faire ? Le langage est si pauvre qu’on doit employer les mêmes mots, en leur donnant des sens différents, d’autres définitions.
Mon message d’amour n’est pas le message de ‘l’amour qui est opposé à la haine’.
Mon message d’amour concerne cet amour qui est capable d’absorber la haine et de la transformer en amour.
La question se pose alors : s’il n’y a plus de haine, comment et pourquoi cette nouvelle énergie devrait-elle être appelée ‘l’amour’ ?
Dans nos esprits, l’amour est quelque chose d’opposé à la haine ; maintenant s’il n’y a plus rien qui s’oppose à l’amour ? C’est pourquoi de temps en temps, je vous rappelle que l’homme d’illumination n’a ni haine, ni amour – c’est une façon de dénoncer votre haine et votre amour : cet amour et cette haine qui ont des polarités ; celui dont je parle n’en a aucune. Cela ne veut pas dire qu’il est ‘indifférence’, bien que ce soit comme cela qu’il risque de vous apparaître… C’est pourquoi je parle de la pauvreté du langage !

Si l’éveillé n’a ni amour, ni haine, cela signifie-t-il qu’il doive être indifférent, neutre ? – non, ce n’est pas comme cela.
Il a une nouvelle sorte, une nouvelle qualité d’amour, un amour qui n’est pas l’opposé de la haine. Mais il n’y a pas de mot pour ça.
Alors j’ai deux possibilités : soit je dis que l’éveillé n’a ni haine ni amour - selon votre conception de l’amour et de la haine - soit je dis que son amour est une toute nouvelle sorte d’amour ; un amour qui est plus proche de la compassion que de la passion, qui est plus proche de la rencontre que de la relation, un amour qui est davantage donner-sans-rien-attendre-en-retour que de votre soi-disant amour qui est un marchandage – où chaque partie essaie d’obtenir le plus possible en donnant le moins possible !
La personne illuminée donne, simplement.
Il ne s’agit pas pour elle d’obtenir quelque chose de vous – vous n’avez rien à lui donner !
Qu’avez-vous à lui donner ?
Elle donne parce qu’elle a trop à donner, elle est submergée.
Elle donne car elle est comme un nuage, tellement chargé d’eau, qu’il doit se déverser. Peu importe où, à qui – sur les rochers, sur la terre, sur un jardin, dans l’océan… ça n’a aucune importance. Le nuage veut simplement se décharger.
L’éveillé est comme ce nuage.
Il vous donne de l’amour, pas pour obtenir quelque chose en échange. Il le partage et il vous est reconnaissant de lui donner cette opportunité ; il vous est reconnaissant d’être assez ouvert, disponible, vulnérable, de ne pas l’avoir rejeté quand il était prêt à verser sur vous toutes ses bénédictions, il vous est reconnaissant d’avoir ouvert votre cœur et d’avoir reçu autant que vous le pouviez.
Le monde peut être rempli d’amour, cet amour dont je parle.
Seul CET amour transformera la haine du monde –  l’amour qu’on vous a enseigné ne le peut pas : il n’a pas rendu le monde plus aimant, il a rendu le monde plus haineux ! Il a rendu la haine plus vraie, plus authentique, et fait de l’amour une hypocrisie.
Je voudrais un monde plein d’amour.
Mais rappelez-vous que l’amour n’a aucun opposé : cela tient au fait qu’à l’intérieur de vous-même, par votre présence consciente, vous avez été capable de transformer VOTRE haine en amour ! Même de dire que « vous avez été capable de transformer » n’est pas exact, mais que faire d’autre avec ce langage ? Quoi que vous disiez, quelque chose est déformé par la mise en mots…
La réalité… c’est que la conscience elle-même transforme votre haine en amour, ce n’est pas vous qui la transformez. Votre travail et votre fonction est simplement de rester pleinement conscient. Ne laissez rien se produire dans votre vie, sans cette conscience.

Je vous donne la religion la plus simple et la plus naturelle qui soit possible. C’est pourquoi je dis que c’est la première et la dernière, car elle ne peut pas être simplifiée davantage. Il n’y a rien de plus basique que la conscience lucide, on est arrivé là à la racine ultime. Il n’y a aucun moyen d’aller au-delà de ça, plus loin que cela. C’est ‘ça’ !

Continuez à faire les choses que vous faites, mais gardez cet état de conscience claire, précise, percutante. Faites-en un constant rappel de telle sorte qu’aucun acte ne soit fait inconsciemment.
Cela prendra quelque temps !
Tous les jours vous allez rater beaucoup de choses ; et puis après vous allez vous rendre compte, ‘Mon dieu, j’ai complètement oublié !’, mais il n’y a pas besoin d’en faire un drame. Ne vous en inquiétez pas, sinon vous allez encore rater autre chose.
Ce qui est passé est passé – ne perdez pas une seconde là-dessus.
L’important, c’est de vous en être aperçu.
Utiliser ce rappel pour être conscient tout de suite de ce que vous êtes en train de faire.
De nombreuses fois vous allez oublier, de nombreuses fois vous allez vous rappeler. Peu à peu vous allez oublier moins, vous rappeler plus. Et un jour cela se produit… quand le rappel devient plus que l’oubli, qu’il devient plus lourd que vos oublis – alors instantanément… la révolution, la transformation ! Vous êtes soudain une personne complètement différente – le nouvel homme est né !
Et ce nouvel homme va découvrir que ce monde entier est nouveau, car il va avoir des yeux neufs avec de nouvelles qualités, de nouvelles oreilles avec des façons d’entendre différentes, de nouvelles mains pour toucher et sentir les choses d’une nouvelle façon.
Et une personne, seule, ayant cette qualité de conscience, va induire le processus de la conscience vigilante chez d’autres. Pas par un effort, pas parce qu’il doit faire quelque chose pour provoquer le processus – c’est ce qu’on a fait jusqu’à maintenant -, non, il a juste à vivre à sa façon, à être lui-même, et cela va se mettre à arriver de soi-même.
Sa présence, d’une certaine façon, met en marche quelque chose chez les gens qui sont proches de lui… l’émergence d’une nouvelle énergie, le commencement d’une nouvelle flamme. Il ne fait rien, l’autre personne ne fait rien non plus : ça se produit !
Tout ce qui est nécessaire c’est une certaine proximité, une amitié.
La fonction du maître est juste cela : rassembler des amis autour de lui.
Il n’y a aucun but à atteindre, aucune activité particulière à faire.
La fonction du maître est seulement de rester disponible.
On se sait jamais quand quelqu’un arrive au moment où tout peut basculer, où le basculement peut se produire
On ne sait jamais à quel moment on est ouvert – et un simple regard, un simple contact avec les yeux du Maître, et les choses ne seront plus jamais les mêmes !
Mais ce sont des moments imprévisibles, on doit donc attendre silencieusement, parfaitement conscient.
Le plus que vous puissiez faire : ne créez pas de barrières, ne mettez pas d’obstacles, ne restez pas ‘coincé’, à distance.

Détendez-vous… approchez-vous davantage…

Vous n’avez rien à perdre – vous n’avez qu’à y gagner.

From Misery To Enlightenment  chap. 13
10 février 1985  © Osho International Foundation