jeudi 27 janvier 2011

L'intelligence est un don de la nature


L’intelligence est une partie indissociable de la vie.
L’intelligence est la qualité naturelle de la vie.
De la même façon que le feu est chaud, que l’air est invisible et que l’eau coule vers le bas, de même la vie est intelligente.
L’intelligence n’est pas le résultat d’un apprentissage ou de quoi que ce soit : vous êtes né intelligent.
Les arbres sont intelligents à leur façon, ils ont l’intelligence qui convient à leur vie.
Les oiseaux sont intelligents, de même que tous les animaux. En réalité, ce que les religions veulent dire par Dieu est seulement ceci – que l’univers est intelligent, qu’il y a de l’intelligence cachée partout.
Et si vous avez des yeux pour voir, vous pouvez le constater, partout.
La vie est intelligence…
C’est seulement l’homme qui est devenu inintelligent.
L’être humain a endommagé le cours naturel de la vie.

À part dans l’homme, il n’y a d’inintelligence nulle part.

Avez-vous jamais vu un oiseau que vous pourriez dire stupide ? Avez-vous déjà vu un animal que vous pourriez qualifier d’idiot ? Non, une telle chose n’arrive qu’à l’homme. Quelque chose est allé de travers.
L’intelligence de l’homme a été endommagée, faussée, elle est handicapée.
Et la méditation n’est rien d’autre que réparer ce dommage.

La méditation n’aurait pas du tout été nécessaire si l’on avait laissé l’homme tranquille.
Si le prêtre et le politicien n’interféraient pas avec l’intelligence des êtres humains, il n’y aurait aucun besoin de la moindre méditation. La méditation est médicinale – vous devez d’abord créer la maladie, et puis la méditation devient nécessaire.
Si la maladie n’était pas là, la méditation ne serait pas nécessaire.
Et ce n’est pas par hasard que les mots médecine et méditation ont la même racine. La méditation est thérapeutique.

Chaque enfant naît intelligent, et dès que l’enfant naît on lui saute dessus et on détruit son intelligence, parce que l’intelligence est dangereuse pour la structure politique, pour la structure sociale et la structure religieuse. Elle est dangereuse pour le pape, elle est dangereuse pour le prêtre, elle est dangereuse pour le leader. Elle est dangereuse pour le statu quo, l’establishment !
L’intelligence est naturellement rebelle.
L’intelligence ne peut être forcée à aucune servitude.
L’intelligence s’affirme, elle est individuelle.
On ne peut pas forcer l’intelligence à n’être qu’une imitation mécanique.

Les gens doivent être transformés en copies carbones ; leur originalité doit être détruite, autrement tout ce non sens qui existe sur terre serait impossible.
Vous avez besoin d’un leader, parce que vous avez d’abord été rendu inintelligent – autrement il n’y aurait besoin d’aucun leader.
Pourquoi devriez-vous suivre quelqu’un ? Vous suivriez votre propre intelligence.

Si quelqu’un veut devenir un leader, une chose doit d’abord être faite : votre intelligence doit être détruite d’une manière ou d’une autre.
Vous devez être secoué au plus profond de vous-mêmes, on doit faire de vous des gens effrayés. Vous devez perdre confiance en vous – toute l’astuce est là. C’est alors que le leader entre en scène.

Si vous êtes intelligent, vous résoudrez vos problèmes vous-même. L’intelligence suffit pour résoudre tous les problèmes. En fait, quels que soient les problèmes que la vie crée, vous avez plus d’intelligence qu’il n’en faut. C’est un cadeau de la nature, vous en avez la quantité nécessaire.

Mais il y a des gens ambitieux qui veulent diriger, qui veulent dominer ; il y a des malades ambitieux – ils créent la peur en vous.
La peur est comme la rouille, elle détruit toute intelligence.
Si vous voulez détruire l’intelligence de quelqu’un, la première chose est de créer de la peur : faites naître la peur et effrayez les gens. Quand les gens ont peur de l’enfer ils vont se prosterner devant le prêtre. Ils vont écouter le prêtre. S’ils n’écoutent pas le prêtre ils vont devoir affronter le feu de l’enfer – et évidemment ils ont peur ! Ils doivent se tenir à distance des flammes de l’enfer, et pour cela le prêtre est nécessaire. Le prêtre devient la solution.

J’ai entendu parler de deux hommes qui étaient partenaires dans une même affaire. C’était une combine astucieuse ; ils voyageaient à travers le pays. L’un allait dans une ville et la nuit il enduisait de goudron les fenêtres des gens, et il disparaissait au petit matin.
Deux ou trois jours après, l’autre arrivait, et il proposait de nettoyer le goudron des fenêtres. Et bien sûr les gens devaient payer ! Ils étaient partenaires dans la même affaire. L’un créait le dommage, l’autre venait le réparer.

On doit d’abord créer la peur, et aussi l’avidité. L’intelligence n’est pas avide. Vous serez surpris d’apprendre qu’une personne intelligente n’est jamais avide. L’avidité fait partie de l’inintelligence. Vous accumulez pour demain parce que vous n’êtes pas sûr que demain vous serez capable d’assumer votre vie, sinon pour quoi accumuler ? Vous devenez des avares, vous devenez avides, car vous ne savez pas si demain votre intelligence sera capable d’affronter la vie ou pas. Qui sait ?
Vous n’avez pas confiance dans votre intelligence, alors vous accumulez, vous devenez avide. Une personne intelligente n’a pas peur, elle n’est pas avide.

La peur et l’avidité marchent ensemble – c’est pourquoi le paradis et l’enfer vont de pair. L’enfer c’est la peur, et le paradis c’est l’avidité.
Créez la peur chez les gens et créez l’avidité aussi – rendez-les aussi avides que possible. Rendez-les tellement avides que la vie ne puisse pas les satisfaire, alors ils iront voir le prêtre et le leader politique.
Ils vont se mettre à fantasmer sur une vie future où leurs ridicules désirs et leurs stupides rêves seraient exaucés !
Faites attention à cela : demander l’impossible, c’est être inintelligent.

Une personne intelligente est complètement satisfaite avec ce qui est possible. Elle met son énergie dans ce qui est probable ; elle ne met jamais son énergie dans l’impossible et l’improbable, non. Elle regarde la vie et ses limitations. Elle n’est pas perfectionniste. Un perfectionniste est névrosé. Si vous êtes perfectionniste vous allez devenir parano.

Par exemple, si vous aimez une femme et que vous exigez une fidélité absolue, vous allez devenir fou, et elle va devenir folle. Ce n’est pas possible. Une fidélité absolue veut dire qu’elle ne doive même pas penser, qu’elle ne doit même pas rêver à un autre homme – ce n’est pas possible.
Qui êtes-vous ? Pourquoi est-elle tombée amoureuse de vous ? Parce que vous êtes un homme ! Si elle a pu tomber amoureuse de vous pourquoi ne pourrait-elle pas penser aux autres ? Cette possibilité existe. Et comment va-t-elle se débrouiller si elle voit quelqu’un de beau qui passe et qu’un désir s’éveille en elle ? Même de dire « cet homme est beau » est du désir – le désir est entré. Vous ne dites seulement que quelque chose est beau quand vous ressentez que ce serait bien de le posséder ou de jouer avec. Vous n’êtes pas indifférent.

Si vous demandez une fidélité absolue – comme les gens l’ont demandé – alors il est sûr qu’il va y avoir des conflits, et vous allez rester soupçonneux. Et vous allez être soupçonneux parce que vous connaissez votre propre mental – vous pensez à d’autres femmes, alors comment pourriez-vous croire que votre femme ne pense pas à d’autres hommes ? Vous savez à quoi vous pensez, alors vous savez aussi qu’elle pense les mêmes choses. Maintenant la méfiance a fait son apparition, ainsi que le conflit - l’enfer quoi !
Un amour qui était possible est devenu impossible à cause d’un impossible désir !

Les gens demandent ce qui ne peut pas être fait.
Vous voulez une sécurité pour le futur… qui n’est pas possible !
Vous voulez une totale sécurité pour demain – cela ne peut pas être garanti : ce n’est pas dans la nature de la vie. Une personne intelligente sait que ce n’est pas dans la nature des choses. Le futur reste ouvert – la banque peut faire faillite, la femme peut partir avec quelqu’un d’autre, le mari peut mourir, les enfants peuvent se révéler ingrats.
Qui sait de quoi demain sera fait ? Vous pouvez tomber malade, vous pouvez devenir handicapé. Qui sait de quoi demain sera fait ?

Demander la sécurité pour demain, c’est rester dans une peur constante.
La sécurité n’est pas possible.
Si vous avez peur de l’insécurité, votre peur ne peut pas être détruite. La peur sera là, vous tremblerez – et pendant ce temps l’instant présent sera raté.
Avec un désir de sécurité pour le futur vous détruisez l’instant présent qui est la seule vie disponible. Et vous allez devenir de plus en plus tremblant, effrayé, avide.

Un enfant est né ; un enfant vient au monde très, très ouvert, totalement intelligent. Mais on lui saute dessus, on se met à détruire son intelligence. On commence par créer de la peur en lui. Vous appelez cela enseignement, vous dites que c’est pour que l’enfant puisse faire face à la rudesse de la vie. Il n’a pas peur et vous créez la peur en lui !
Vos écoles, vos collèges et vos universités… le rendent de plus en plus inintelligent !
Ils demandent des choses idiotes. Ils demandent de retenir des choses stupides, des choses dans lesquelles l’enfant et son intelligence naturelle ne peuvent voir aucun intérêt. Pour quoi ? L’enfant n’en voit pas le sens. Pourquoi fourrer ces choses dans sa tête ? Mais l’université dit, le collège dit, la maison, la famille… tous les gens bien intentionnés disent : « Apprends ! Si tu ne comprends pas maintenant, plus tard tu comprendras pourquoi c’était utile. »
Apprends l’histoire, tout ce non sens que des gens ont fait à d’autres, toute cette folie – étudie ! Et l’enfant ne peut pas en voir le sens. Quelle importance cela a-t-il de savoir qu’un certain roi a dirigé l’Angleterre, de telle date à telle date ?
Mais il doit mémoriser ces choses stupides.

Naturellement son intelligence est de plus en plus surchargée, abîmée. De plus en plus de saletés se collent sur son intelligence. Au moment où il est de retour de l’université, il est inintelligent – l’université a fait son travail ! C’est très rare que quelqu’un puisse obtenir un diplôme universitaire et cependant rester intelligent. Très peu de gens ont réussi à ne pas tomber dans le piège, à traverser l’université et malgré tout à conserver leur intelligence – ça arrive très rarement… C’est un mécanisme tellement puissant pour vous détruire !

Au moment où vous devenez éduqué, vous êtes devenu inintelligent. Pouvez-vous voir cela ? La personne éduquée se comporte très inintelligemment.
Allez voir les tribus primitives qui n’ont jamais été éduquées et vous allez voir la pure intelligence à l’œuvre.

J’ai entendu dire…
Une femme essayait d’ouvrir une boite, mais elle n’y arrivait pas ! Elle alla regarder dans le livre de cuisine. Mais pendant qu’elle regardait dans le livre, le cuisinier l’ouvrit. Lorsqu’elle revint elle fut surprise. Elle demanda au cuisinier : « Comment avez-vous fait ? »
Il répondit : « Madame, quand vous ne savez pas lire, vous devez vous servir de votre intelligence ! »
Oui, c’est juste. Quand vous ne savez pas lire vous devez vous servir de votre intelligence. Que pourriez-vous faire d’autre ?
À partir du moment où vous savez lire… quand vous avez appris la lecture, l’écriture et l’arithmétique – il n’est plus nécessaire d’être intelligent, les livres s’en occupent !

L’avez-vous observé ? Quand une personne se met à taper à la machine, elle perd son écriture manuelle ; son écriture n’est plus aussi belle. Il n’y en a plus besoin : la machine s’en occupe.
Si vous avez une machine à calculer dans la poche, vous oublierez tout des mathématiques – il n’y en a plus besoin. Tôt ou tard tout le monde aura de petits ordinateurs. Ils contiendront toutes les informations de l’Encyclopaedia Britannica, il ne vous sera plus nécessaire d’avoir la moindre intelligence : l’ordinateur s’en occupera.
Allez voir les primitifs, les gens sans éducation, les villageois et vous allez trouver une subtile intelligence. Oui, ils ne sont pas très informés, c’est vrai.  Ils ne sont pas cultivés, c’est vrai – mais ils sont extrêmement intelligents. Leur intelligence est comme une flamme, sans fumée.

La société a fait quelque chose de faux de l’être humain – intentionnellement !
Elle veut que vous soyez des esclaves, elle veut vous voir tout le temps effrayé. Elle veut que vous soyez toujours avide, elle veut que vous soyez toujours ambitieux, elle veut que vous soyez toujours en compétition. Elle veut que vous soyez sans amour, elle veut que vous soyez plein de colère et de haine. Elle veut que vous restiez faible, imitateur – copie carbone. Elle ne veut pas que vous deveniez original, unique et rebelle, non. C’est pourquoi votre intelligence a été détruite.
La méditation est nécessaire seulement pour défaire ce que la société a fait. La méditation est négative : elle annule les dommages, elle détruit la maladie. Et une fois que la maladie est partie, votre santé s’affirmera d’elle-même.

Au cours du siècle dernier c’est allé trop loin : l’éducation universelle a été une calamité.
Et rappelez-vous, je ne suis pas contre l’éducation.
Je suis contre cette éducation-là.
Une autre éducation est possible, une éducation qui vous aiderait à affiner votre intelligence, au lieu de la détruire. Une éducation qui ne surchargerait pas votre intelligence de faits sans intérêts, qui ne la surchargerait pas du tout, mais qui plutôt l’aiderait à devenir plus lumineuse, plus fraîche, plus jeune.
L’éducation actuelle vous rend surtout capable de mémoriser. Cette éducation vous rendrait capable de plus de clarté. L’éducation actuelle détruit votre inventivité. Cette éducation vous aiderait à devenir plus inventif.

Par exemple l’éducation que j’aimerais voir donnée dans le monde ne demanderait pas à un enfant de répondre de la vieille manière stéréotypée. Elle n’encouragerait pas la répétition - les perroquets. Elle encouragerait l’inventivité.
Même si la réponse proposée n’était pas aussi juste que la réponse copiée aurait pu l’être, on pourrait néanmoins apprécier que l’enfant ait apporté une nouvelle réponse à un vieux problème. La réponse de l’enfant ne peut certainement pas être aussi juste que celle de Socrate – bien sûr que la réponse d’un jeune enfant ne peut pas être aussi précise que celle d’Albert Einstein. Mais demander que la réponse de l’enfant soit à l’égal de celle d’Albert Einstein est idiot.
Si l’enfant fait preuve d’inventivité, il ou elle va dans la bonne direction ; un jour cet enfant deviendra un Albert Einstein. S’il essaie de créer quelque chose de neuf, bien sûr il a ses limites, mais juste son effort pour essayer de créer quelque chose de neuf devrait être apprécié, et encouragé.
L’éducation ne devrait pas encourager la compétition. Les enfants ne devraient pas être jugés les uns par rapport aux autres. La compétition est très violente et très destructive.
Quelqu’un n’est pas bon en maths et vous le dites médiocre. Il peut être doué pour la menuiserie ; mais personne ne fait attention à cela. Quelqu’un n’est pas doué pour la littérature et vous le dites stupide – et elle sera peut-être bonne en musique, en danse.
Une réelle éducation aiderait les gens à trouver leur vie, là où ils pourraient être pleinement vivants. Si un enfant est né pour être charpentier, c’est alors la bonne chose à faire pour lui. Il ne devrait y avoir personne pour le forcer à faire autre chose.
Ce monde pourrait devenir un monde si magnifique, si intelligent, si on permettait à l’enfant d’être lui-même, elle-même, si on l’aidait, si on l’accompagnait de toutes les façons possibles et que personne n’interférait… si personne ne manipulait l’enfant !
Si l’enfant veut devenir un danseur, c’est très bien – les danseurs sont nécessaires. Le monde a besoin de beaucoup de danse. Si l’enfant veut devenir poète, bien ! Plein de poésie est nécessaire, il n’y en aura jamais  trop. Si l’enfant veut devenir charpentier ou pêcheur, c’est parfaitement bien. Si l’enfant veut devenir bûcheron – très bien !
Il n’y a aucune nécessité de devenir président ou premier ministre. En fait si moins de gens se dirigeaient de ce côté, ce serait une bénédiction !
Actuellement tout marche sur la tête. Celui qui voulait devenir charpentier se retrouve docteur ; celui qui voulait devenir docteur est devenu charpentier… Tout le monde est à la place de quelqu’un d’autre, d’où tellement d’inintelligence – chacun fait le travail de quelqu’un d’autre. Quand vous vous mettez à voir cela, vous comprenez pourquoi les gens se comporte inintelligemment.

En Inde on a profondément médité et on a trouvé un mot : Swadharma, self-nature. Ceci est riche de grandes implications pour le monde futur. Krishna a dit : « Swadharma nadhanam shreyah » « C’est parfait de mourir dans votre propre nature, de suivre votre propre nature… » Per dharmo bavada baha,  “la nature de quelqu’un d’autre est très dangereuse”.
Ne devenez pas un imitateur ; soyez juste vous-même.

On raconte que Bill voulait depuis toujours chasser l’élan, aussi mit-il de l’argent de côté pour partir dans les bois du  nord. Là, il fit l’acquisition des équipements nécessaires et le commerçant lui recommanda d’embaucher Pierre, le plus grand appeleur d’élan du pays.
« C’est vrai », dit le commerçant, « que Pierre est cher, mais il y a une qualité sexuelle dans l’appel qu’il lance… qui le rend irrésistible pour les élans ! »
« Comment est-ce que ça marche ? » demanda Bill.
« Eh bien » dit l’homme, « Pierre repère un élan à trois cent mètres, alors il mets se mains en forme de coupe et il lance son premier appel.
Quand l’élan entend cela il commence à être excité par un désir bestial et se rapproche à deux cent mètres. Pierre lance alors un nouvel appel, mettant un peu plus de oomph… dedans et l’élan va alors s’avancer avec jubilation à une centaine de mètres. Cette fois Pierre donne vraiment à son appel une touche sexuelle, le prolongeant un moment, ce qui pousse l’élan, poussé par la pulsion charnelle, à s’approcher à seulement vingt cinq mètres de vous. Et c’est le bon moment, mon ami, de viser et de tirer ! »
« Supposez que je rate ? » se renseigne Bill.
« Oh, ce serait terrible ! » dit l’homme.
« Mais pourquoi ? » demanda Bill.
« Parce que le pauvre Pierre serait sailli ! »

C’est arrivé à l’être humain – imitation, imitation…
L’homme a complètement perdu la vision de sa propre réalité.
Les gens du Zen disent : découvrez votre visage originel ; trouvez votre authenticité.
Qui êtes-vous ?
Si vous ne savez pas qui vous êtes, vous serez toujours dans un processus accidentel – toujours. Votre vie sera une longue série de contretemps, et quoi que ce soit qui arrive ce ne sera jamais satisfaisant. Le mécontentement sera le seul parfum de votre vie.

Vous pouvez le voir partout autour de vous.
Pourquoi tellement de gens semblent-ils si lourds, submergés par l’ennui, juste à faire passer les jours comme ils peuvent ? Ils laissent passer un temps, qui a une très grande valeur, comme s’ils ne devaient jamais remonter la pente, et ils traversent tout cela avec une telle lourdeur, comme s’ils ne faisaient qu’attendre la mort….
Qu’est-il arrivé à tellement de gens ?
Pourquoi n’ont-ils pas la fraîcheur des arbres ? Pourquoi l’homme n’a-t-il pas les mêmes chants que les oiseaux ? Qu’est-il arrivé aux êtres humains ?
Une chose est arrivée : l’homme n’a fait qu’imiter. L’homme a essayé de devenir quelqu’un d’autre. Personne n’est chez lui. Chacun frappe à la porte de quelqu’un d’            autre ; d’où le mécontentement, la lourdeur, l’ennui, l’angoisse.
Une personne intelligente essaiera d’être juste elle-même, quel qu’en soit le prix.
Une personne intelligente ne copiera jamais servilement, elle n’imitera jamais. Elle ne sera pas un perroquet. Une personne intelligente écoutera son propre appel intrinsèque. Elle ressentira son être et agira en accord avec lui, quel que soit le risque.
Il y a risque ! Quand vous copiez les autres, il y a moins de risque. Quand vous ne copiez personne vous êtes seul – il y a risque. Mais la vie n’arrive qu’à ceux qui vivent dangereusement.
La vie existe seulement chez ceux qui sont aventureux, qui sont courageux, presque des risques tout – la vie est seulement pour eux. La vie n’existe pas pour les gens tièdes.
L’intelligence c’est la confiance en votre être.

L’intelligence est aventure, frisson, joie. L’intelligence c’est de vivre dans ce moment-ci, pas de rêver au futur. L’intelligence n’est ni de penser au passé, ni de se soucier du futur – le passé n’est plus, le futur n’est pas encore.
L’intelligence c’est de faire le meilleur usage du moment qui est disponible, tout de suite. Le futur découlera de cela.
Si ce moment a été vécu dans le ravissement et la joie, le moment suivant naîtra de cela. Il va donc naturellement apporter plus de joie, mais il n’est pas nécessaire de s’en soucier. Si mon aujourd’hui a été doré, demain sera encore plus doré.
Si cette vie a été une bénédiction, ma vie suivante sera une bénédiction encore plus grande.
D’où cela peut-il venir ? Cela émerge de moi, de mon expérience vécue !
Ainsi, une personne intelligente n’est concernée ni par l’enfer ni par le paradis, elle n’est pas concernée par ce qui se passe après la vie, elle n’est même pas concernée par Dieu, ni non plus par l’âme. Une personne intelligente vit simplement intelligemment, et Dieu, l’âme, le paradis, le nirvana… suivent naturellement !
Vous vivez dans la croyance, et la croyance est inintelligente. Vivez à partir de ce qui a été appris par l’expérience, cet apprentissage est intelligence. Et l’intelligence est méditation.

Les gens inintelligents méditent aussi, mais ils méditent certainement d’une façon inintelligente. Ils croient que vous devez aller à l’église tous les dimanches pendant une heure – que cette heure doit être donnée à la religion. C’est une manière très inintelligente d’approcher la religion. Votre vie réelle se trouve dans les six autres jours, et où l’église s’y trouve-t-elle ? Ce dimanche n’est pas réel. Vous allez vivre non religieusement pendant six jours et puis vous allez à l’église pour une ou deux heures ? Qui essayez-vous de tromper ? Vous essayer de faire croire à Dieu que vous êtes un pieux pratiquant…
Ou si vous êtes un peu plus appliqué… tous les jours pendant vingt minutes le matin et vingt minutes le soir vous faites la méditation transcendantale ? Vous vous asseyez en silence et vous répétez un mantra d’une façon très stupide – « Om, Om, Om, » - ce qui rend le mental encore plus lourd ! Répéter un mantra mécaniquement vous fait perdre votre intelligence. Cela ne vous favorise pas l’intelligence, c’est comme une berceuse.

À travers les siècles les mères ont utilisé cela. Quand une enfant est agité et ne veut pas aller se coucher, la mère vient et chante une berceuse. L’enfant se retrouve submergé par l’ennui, et il ne peut s’enfuir. Où aller ? La mère le tient au lit. La seule façon de s’échapper c’est de s’endormir. Alors il s’endort ; il abandonne. Il se dit : « C’est plus la peine de rester réveillé maintenant, car elle fait quelque chose de tellement ennuyeux, elle ne fait que répéter toujours la même phrase… »

Il y a des histoires que les mères et les grand-mères racontent aux enfants quand ils ne veulent pas aller se coucher. Si vous les regardez de plus près vous allez y découvrir un processus de constantes répétitions. Je lisais justement il y a quelques jours une histoire racontée par sa grand-mère à un jeune enfant qui ne voulait pas aller se coucher… parce qu’il ne ressentait pas d’aller dormir à ce moment-là !
Son intelligence lui disait qu’il était complètement éveillé, mais sa grand mère le forçait. Elle avait d’autres choses à faire – l’enfant est sans importance…
Les enfants sont très perturbés, les choses semblent complètement absurdes. Quand ils veulent dormir le matin, tout le monde veut les réveiller. Quand ils ne veulent pas aller dormir, tout le monde les y force. Ils sont très perplexes. Quel est le problème avec ces gens-là ?
Quand le sommeil arrive de lui-même, bien – c’est ça l’intelligence. Quand il ne vient pas, c’est très bien de rester réveillé.
Ainsi cette vieille grand-mère racontait une histoire. Au début l’enfant fut intéressé, mais peu à peu… tout enfant intelligent en aurait vite eu marre, seul un enfant stupide…
L’histoire est : Un homme va se coucher et rêve qu’il est devant un grand palais. Et dans ce palais il y a mille et une chambre. Alors il va d’une chambre à une autre – mille et une chambre ! – et puis il parvient à la dernière. Et là se trouve un lit magnifique, alors il tombe sur le lit, il s’endort et rêve… qu’il est devant la porte d’un grand palais qui a mille et une chambre… alors il visite les mille chambres, et il atteint la mille unième où se trouve un lit magnifique, alors il se couche et rêve qu’il est devant un palais… voilà comment ça se déroule !
Maintenant combien de temps est-ce que l’enfant peut rester éveillé ? Juste sous le coup de l’ennui l’enfant s’endort. Il se dit : « Finissons-en ! »
Un mantra fait la même chose. Vous répétez, « Ram, Ram, Ram… Om, Om… Allah, Allah… » ou n’importe quoi. Vous répétez et continuez à répéter…
Maintenant vous faites le travail des deux : celui de la grand mère et celui de l’enfant ! Votre intelligence est comme l’enfant, et votre connaissance du mantra est comme la grand mère. L’enfant essaie de vous arrêter, de s’intéresser à autre chose, il pense à des choses intéressantes – à de belles femmes, à de belles scènes. Mais vous le prenez sur le fait et le ramenez à « Om, Om, Om. » Peu à peu votre enfant intérieur sens que ce n’est pas la peine de lutter ; l’enfant intérieur s’endort.
Oui, le mantra peut vous donner un certain sommeil : c’est un sommeil hypnotique. Il n’y a aucun problème avec ça si vous avez du mal à vous endormir – si vous souffrez d’insomnie, c’est très bien. Mais cela n’a rien à voir avec la spiritualité : c’est une façon de méditer très inintelligente !
Quelle est donc la façon intelligente de méditer ? La façon intelligente de méditer est de mettre de l’intelligence dans tout ce que vous faites. En marchant, marchez intelligemment, avec conscience. En mangeant, mangez intelligemment, avec conscience.
Vous rappelez-vous d’avoir jamais mangé intelligemment, d’avoir fait attention à ce que vous étiez en train de manger ? Est-ce que c’était nourrissant ? Est-ce que ça avait des qualités nutritionnelles, ou étiez-vous juste en train de vous remplir sans que ce soit nourrissant ?
Faites-vous jamais attention à ce que vous êtes en train de faire ?
Vous fumez – de l’intelligence est nécessaire.
Qu’êtes-vous en train de faire ?
Vous aspirez juste de la fumée pour la rejeter, et au passage vous détruisez vos poumons ! Qu’êtes-vous réellement en train de faire gâchant ainsi votre argent, et votre santé ?
Apportez de l’intelligence au moment où vous fumez, au moment où vous mangez.
Apportez de l’intelligence au moment où vous faites l’amour à votre femme, à votre homme.
Qu’êtes-vous en train de faire ? Avez-vous réellement de l’amour ?
Parfois vous faites l’amour simplement par habitude. C’est alors très laid, c’est immoral. L’amour doit être extrêmement conscient, c’est seulement comme cela qu’il devient de la prière.
Quand vous faites l’amour à votre femme, qu’êtes-vous réellement en train de faire ?
Vous utilisez le corps de la femme pour rejeter une énergie qui est devenue trop pour vous ? Ou êtes-vous respectueux, êtes-vous aimant, avez-vous de la considération pour la femme ?
Je ne le vois pas.
Les maris ne respectent pas leurs femmes, ils les utilisent.
Les femmes utilisent leurs maris, elles ne les respectent pas.
Si la révérence ne naît pas de l’amour, alors l’intelligence manque quelque part.
Autrement vous vous sentiriez extrêmement reconnaissant envers l’autre, et votre acte sexuel deviendrait une grande méditation.
Apportez la qualité de l’intelligence dans tout ce que vous faites.
Faites-le intelligemment : c’est exactement ça la méditation.

L’intelligence doit rayonner dans toute votre vie. Ce n’est pas une chose du dimanche, et vous ne pouvez pas la faire pendant vingt minutes et puis l’oublier. L’intelligence doit être comme la respiration. Tout ce que vous faites – petit, grand, peu importe, nettoyer le sol – peut être fait intelligemment ou inintelligemment.

Et vous savez que quand vous le faites inintelligemment il n’y a aucune joie – vous faites votre devoir, supportant le fardeau que ça représente…

Osho : Intelligence – The creative response to now – chap 1
St Martin’s Griffin - New York
© Osho International Foundation


mardi 4 janvier 2011

Une révolution est nécessaire dans l'éducation

Texte entier
Une révolution est nécessaire dans l’éducation

Je voudrais faire quelques remarques au sujet de la société, et en particulier au sujet des enseignants. Peut-être y a-t-il de grandes différences entre ma façon de voir les choses et la vôtre. Peut-être serais-je en contradiction avec les positions officielles du code de l’éducation. Je ne suis ni un spécialiste officiel de l’éducation, ni un réformateur.
C’est une chance d’avoir l’occasion de parler des aspects fondamentaux de l’éducation et de la société.

Les spécialistes officiels de l’éducation ne disent rien de vrai sur l’éducation. Cela fait cinq mille ans qu’ils réfléchissent sur le sujet, mais les conditions actuelles de l’éducation, et sa structure, expliquent le genre de personnes qu’elle produit.
Tout y est tellement faux que ce n’est pas étonnant que nous ayons dans ce monde des leaders  psychologiquement malades et dans un état d’absolue confusion. La façon de voir les choses des sociologues est également malsaine. Si ce n’était pas le cas, la vie et la façon de voir les choses seraient complètement différentes.
Puisque je ne suis ni un enseignant, ni un sociologue, il m’est possible de dire des choses en allant directement au cœur du problème.
Pour ceux qui considèrent uniquement les textes, la solution prend souvent plus d’importance que le problème lui-même ! Mais comme je ne connais pas les textes, je peux aborder le problème directement.
La toute première chose sur laquelle j’aimerais attirer votre attention, c’est la relation qui existe entre la société et l’enseignant ; cette relation est vraiment néfaste.
Quelle est cette relation ?
La relation est celle-ci : l’enseignant est un esclave, et la société est son maître, son patron.
Quel travail est-ce que la société demande à l’enseignant de faire ?
La société veut que l’enseignant inculque à l’esprit des jeunes enfants toutes les vieilles jalousies, les vieilles rancunes, les vieilles façons de voir les choses qui ont accompagné les derniers millénaires !
Tous ces gens âgés qui ont le pouvoir, et qui ont un pied dans la tombe, veulent léguer toutes ces choses, ces rancunes, ces jalousies, aux nouvelles générations, à travers les enseignants. C’est vraiment surprenant que la société demande ce genre de choses aux enseignants et que les enseignants le fassent !
C’est un grand déshonneur, une grande honte. Il est honteux que tous les comportements de malades qui ont accompagné le siècle précédent soient passés au nouveau siècle à travers les enseignants. La société exige cela. C’est nécessaire à la survie de la vieille structure de la société, aux intérêts personnels en cause, ainsi qu’aux croyances aveugles qui se sont installées au sein de la structure sociale et qui ne veulent pas mourir. Tous ces vieux comportements, toutes ces vieilles croyances veulent continuer à vivre dans la société.

Et l’enseignant est respecté grâce à ce travail qu’il accepte de faire !
À moins de flatter les enseignants, de leur porter une haute estime, on ne pourrait pas obtenir d’eux qu’ils fassent ce job. C’est pourquoi l’enseignant est présenté comme une sorte de gourou, une personne hautement respectable, et qu’on doit écouter sans discussions.
Pourquoi ? – parce que la société veut léguer à ses enfants tous ses vieux modèles de croyances, et cela grâce à l’enseignant.
Le père Hindou veut faire de son fils un Hindou, et le père Musulman veut faire de son fils un Musulman avant de mourir. Le père Hindou veut aussi léguer à ses enfants son conflit avec les Musulmans.
Et qui va faire cela ? 
L’enseignant va s’en charger.
La vieille génération veut imposer ses croyances à la nouvelle génération. Ses écritures, ses prêtres et tout le reste, tout doit être imposé d’une façon ou d’une autre. Et elle parvient à obtenir de l’enseignant qu’il fasse le travail.
Mais quel en est le résultat ?
Le résultat est que les richesses continuent à croître dans le monde, mais que les facultés mentales ne se développent pas. Tant qu’il y aura ce poids des vieilles croyances et de ces vieux systèmes de pensée sur la tête des enfants, leurs facultés mentales ne pourront pas se développer. L’enfant, encore tout jeune, est écrasé sous le poids d’une culture vieille de cinq mille ans ! Toute la vitalité de l’enfant est détruite par cette montagne. À cause de cela, la flamme de la conscience ne peut pas être allumée, et l’individualité de l’enfant ne peut pas se développer.
La richesse matérielle s’accroît par l’héritage que les parents laissent à l’enfant qui, à son tour, le fait fructifier. Mais les facultés de l’enfant, elles, ne se développent pas, parce que l’enfant a été conditionné à respecter toutes ces vieilles façons de voir les choses. L’enfant est fier de développer cet héritage, et le père en est fier aussi.

Si tout le monde rajoute ses propres interprétations aux idées exprimées dans la Gîta, ceux qui ont hérité des idées de Mahavir, de Bouddha, de Krishna, et de Rama vont être en difficulté. Pour eux il est essentiel de rester dans les limites de ce dont ils ont hérité. Rien ne peut y être ajouté. Des efforts systématiques ont toujours été fait depuis des milliers d’années pour que le fils ne dépasse pas son père en ce qui concerne l’intelligence.
Et il y a de nombreuses façons d’y parvenir.

C’est ainsi que les richesses matérielles s’accroissent dans le monde, mais que la pauvreté mentale augmente elle aussi, en même temps. Il y a grand danger quand l’intelligence est petite et que les richesses matérielles sont grandes.
De la même façon que dans le progrès matériel nous laissons derrière nous les façons de faire de nos ancêtres, et nous progressons, de la même façon nous devrions laisser derrière nous leurs façons de voir les choses, et la spiritualité, de nos ancêtres, et progresser. Faire ainsi ne serait pas insulter nos ancêtres, mais au contraire les respecter. Un vrai père est celui qui, avec amour, désire que ses enfants le dépassent.
C’est très dangereux si un père ne veut pas que ses enfants aillent plus loin que lui, dans aucun domaine. Mais c’est ainsi que ça se passe, et l’enseignant a aidé la vielle génération à empêcher les enfants d’aller plus loin qu’elle.

C’est pure folie de croire que si on se met à développer notre réflexion plus loin que Krishna, Mahavir, ou Mahomet n’ont eux-mêmes été, ce serait une insulte à leur égard. Mais à cause de cette croyance, toute l’éducation est restée coincée par le passé, au lieu d’être tournée vers l’avenir.
Tout développement, toute créativité sont toujours tournés vers le futur, inspirés par le futur.
Toute notre éducation est enlisée dans le passé. Toutes nos doctrines, nos idées, nos idéaux viennent du passé. Mais le passé est ce qui est mort, ce qui a disparu !
Peu importe, nous nous acharnons à vouloir imposer des choses qui sont vieilles de milliers d’années, à nos enfants. Non seulement nous imposons ces idées, mais nous considérons comme idéal un enfant qui devient un disciple zélé de ces vieilles croyances.
Et qui félicite un tel enfant ?
L’enseignant !
C’est comme cela que les dirigeants de la société, des religions, et de l’état exploitent l’enseignant.

On fait croire à l’enseignant qu’il est celui qui propage la connaissance. Mais en réalité il ne transmet pas la connaissance, l’enseignant ne fait que maintenir le statu quo, que préserver le statu quo. Il se contente de retransmettre les vieilles connaissances, et il fait obstacle aux nouvelles connaissances qui pourraient se développer. Il interdit de franchir les limites imposées par le passé. Le résultat de cela est que nous continuons à faire des choses idiotes dans tous les domaines. On ne permet pas à ces vieilles pratiques de mourir.
Le politicien a très bien compris cela, et il exploite l’enseignant. Ce qui est très surprenant c’est que l’enseignant n’aie pas saisi comment il est exploité sous le couvert du service à la société qu’on lui demande.
Il s’agit là d’une forme courante de manipulation.

Je me suis adressé une fois à un congrès d’enseignants. C’était  « la journée de l’enseignant ». Je leur ai demandé : « Si un enseignant devient le président du pays, est-ce un honneur pour l’enseignant ? Lorsqu’un enseignant devient président, qu’est-ce qui est honoré dans la profession d’enseignant ? Selon moi, c’est si le président d’un pays devenait enseignant que je considérerais que la profession d’enseignant est honorée.
Si le président d’un pays sent que son travail n’a aucun sens, et s’il se sent joyeux de devenir enseignant - s’il veut devenir enseignant, être l’un d’entre eux, nous comprendrions alors que la profession en soit honorée. Mais si un enseignant devient président du pays, l’honneur revient au métier de politicien pas à celui d’enseignant. Si un enseignant est admiré parce qu’il devient le président du pays, y a-t-il alors quelque chose de faux chez un enseignant qui veut devenir proviseur, ou inspecteur, ou ministre de l’éducation ? Obtenir un poste hiérarchiquement supérieur est considéré comme quelque chose d’honorifique !
Ces positions concernent l’état. La structure de notre pensée est telle que nous mettons l’état au-dessus de tout. C’est ainsi que le politicien est au-dessus de tout, et que tout le reste lui est inférieur.
Consciemment ou inconsciemment, le politicien s’arrange pour que ces idées, ces façons de voir les choses, entrent dans la tête des enfants grâce à l’enseignant.

Les prêtres font de même.
La même chose se passe en ce qui concerne l’éducation religieuse. Chaque religion essaie de faire que ses croyances et ses principes, vrais ou faux,  s’installent dans la tête des enfants. Et ceci est fait lorsque l’enfant est très jeune, lorsqu’il est incapable de réfléchir. Il n’y a pas de plus grand crime contre l’humanité que celui-là.
Quel crime pourrait être plus grand que celui qui consiste à faire croire à un enfant que ce qu’il y a dans le Coran est la vérité, ou ce qu’il y a dans la Gîta, ou que, s’il y a un Dieu, c’est Mahavira, Krishna, ou Mahomet ? Mettre cela dans la tête d’un enfant encore complètement innocent, ignorant, et qui ne connaît rien du monde est un crime pire que n’importe quel autre.

À l’époque où il était question de l’indépendance de l’Inde, des politiciens demandèrent que les enseignants et leurs étudiants participent tous les deux au mouvement pour l’indépendance. Quand ces politiciens parvinrent au pouvoir, ils demandèrent que les étudiants et les professeurs ne se mêlent plus de politique. Les communistes et les socialistes dirent : « Non, il n’est pas souhaitable que les étudiants se désintéressent de la politique. Les enseignants et les étudiants doivent tous les deux participer à la politique. » Si les communistes arrivent au pouvoir demain, ils vont dire qu’il n’est maintenant plus souhaitable qu’ils prennent part à la politique. Ce qui est dans l’intérêt des politiciens pour parvenir au pouvoir est présenté comme juste, et ils font tout ce qu’ils peuvent pour que les enseignants et les étudiants croient eux aussi que c’est juste !
Selon moi, quelqu’un ne peut vraiment devenir enseignant que s’il a en lui la puissante flamme de la rébellion.
Un enseignant qui n’a pas cette force de rébellion en lui deviendra l’agent  d’une politique, ou d’intérêts particuliers. Tout enseignant doit avoir en lui cette flamme pour avoir une pensée et une réflexion rebelle. A-t-on en soi ce feu qui permet d’avoir une pensée indépendante ? Sinon sommes-nous autre chose que des boutiquiers ?

Être un enseignant est une grande chose.
Quel sens cela a-t-il ?
Y avez-vous jamais réfléchi ?
Vous pouvez enseigner aux enfants, comme cela se fait tout autour du monde, qu’ils doivent aimer les autres. Mais avez-vous déjà réfléchi au fait que toute la structure de l’éducation est construite non pas sur l’amour mais sur la compétition ? Vous proclamez que vous enseignez l’amour, mais tout est prévu pour enseigner la compétition.
Où il y a compétition, il ne peut pas y avoir d’amour. La compétition est une forme d’envie, une sorte de fièvre, de jalousie. Qu’enseignez-vous donc ?
Quand un enfant arrive premier en classe, on dit aux autres enfants qu’ils sont derrière et que leur camarade est arrivé premier. On enseigne aux enfants la flatterie, on leur apprend à être rivaux, et à arriver en tête. On leur enseigne l’ego, on leur dit que celui qui est arrivé premier est supérieur, et que ceux qui sont derrière sont inférieurs. Dans les livres on leur dit d’être humbles et aimants, alors que tout le système leur apprend la haine, l’envie d’arriver avant les autres. Celui qui arrive premier reçoit le premier prix, les mentions. On le vénère, on prend sa photo, et ceux qui sont derrière sont simplement insultés par le système.
Quand vous insultez celui qui est derrière, n’êtes-vous pas en train de piquer son ego pour le pousser à arriver avant les autres ? Quand on honore celui qui est arrivé en tête, n’est-on pas en train de renforcer son ego ? Quand les enfants sont entraînés à renforcer leur ego, quand ils sont poussés à la jalousie, à la compétition, comment pourraient-ils aimer ? L’amour est ce qui permet de mettre ceux qu’on aime devant. L’amour veut dire de rester toujours en arrière.

Je vais vous raconter une petite anecdote pour rendre la chose plus claire.
Il y avait trois saints Soufis qui devaient être pendus, jusqu’à ce que mort s’en suive. Les personnes soi-disant religieuses sont toujours contre les vrais saints. En attendant d’être pendus, ils étaient assis l’un derrière l’autre. Le bourreau les appelait par leur nom, et les pendait.
Le bourreau cria un nom « Nuri ! », pour qu’il s’avance.
Mais celui qui s’appelait Nuri ne se leva pas, un autre se leva et dit : « Pendez-moi d’abord. »
Le bourreau dit : « Votre nom n’est pas Nuri ? Pourquoi êtes-vous si pressé de mourir ? »
Il répliqua : « Nuri est un ami et lorsqu’il est question de mort c’est à moi de passer d’abord, et quand il est question de vie c’est à moi de rester derrière. Je voudrais mourir avant que mon ami ne meure. Lorsqu’il est question de vivre mon ami doit vivre plus longtemps que moi. »
L’amour parle comme cela.
Que dit la compétition ?
La compétition vous dit de rester en arrière quand la mort est là, et de vous mettre devant quand il s’agit de vie.
Quand le poison de la compétition et de l’ambition est versé dans la tête des enfants, le monde en est-il meilleur ?
Quand un enfant est enthousiaste à l’idée de dépasser les autres, et que les autres acceptent de le laisser faire, après une telle éducation pendant vingt ans, que va-t-il faire dans la vie ? Il va faire exactement ce qui lui a été enseigné.
Tout le monde essaie de rabaisser l’autre. Du concierge au président, tout le monde rabaisse l’autre. Si un concierge devient président on lui dit qu’il doit en être très fier, que c’est une preuve de dignité. En fait il n’y a pas de plus grande violence que celle qui consiste à vous mettre devant et à repousser les autres. Mais nous enseignons cette violence et nous l’appelons éducation !
Dans un monde basé sur cette violence, si les guerres sont continuelles ce n’est pas surprenant.
Dans un monde basé sur ce type d’éducation, dans ce monde où les résidences de luxe sont construites à côté de taudis, qu’y a-t-il de surprenant à ce que les personnes qui vivent dans ce luxe se réjouissent de voir mourir les gens qui vivent dans les taudis ?

Il y a les pauvres et il y a les autres… qui possèdent tellement qu’il ne savent même pas quoi en faire ! Tout cela découle de la présente éducation, et l’enseignant est aussi responsable de cela. L’enseignant est responsable pour ce monde qui est le résultat de cette éducation. Il est devenu un instrument d’exploitation. Sous couvert d’instruire les enfants, l’enseignant est devenu un instrument au service des intérêts des gens installés.
Si c’est cela l’éducation, il serait alors préférable d’arrêter l’éducation complètement ! Peut-être que cela permettrait d’avoir un homme meilleur. Un homme sans éducation, vivant dans la forêt, sera meilleur parce qu’il aura plus d’amour et moins de compétition, plus de cœur et moins de mental.
Nous appelons cela « éducation » !
On enseigne aux enfants exactement le contraire de ce qu’on attend qu’ils fassent. Toute notre structure d’enseignement enseigne des choses contradictoires.
Qu’enseignons-nous ?
Nous enseignons la sympathie et la générosité. Mais comment un esprit de compétition pourrait-il être généreux et sympathique ? S’il y a de la sympathie chez un compétiteur comment peut-il être en compétition ? Le mental compétitif sera toujours dur, violent et sans générosité – il n’a pas d’autre choix. Notre système est tel que nous ne réalisons pas que celui qui se bat pour passer devant et qui maintient les autres derrière est une personne violente. Il est violent, et on l’a préparé pour cette violence. C’est comme cela que les usines à éduquer se développent. On les appelle ‘école’ et ‘université’ mais ce n’est que pur mensonge.
Ce sont des usines où l’on crée des esprits psychologiquement malades, et ces esprits malsains conduisent le monde dans le fossé. La violence se développe, la compétition se développe. La main de tout le monde est à la gorge de quelqu’un d’autre.
Ceux qui sont assis devant moi vont demander : « Sur quelles gorges avons-nous mis nos mains ? » Mais si vous regardez plus profondément, vous découvrirez que la main de chacun est sur la gorge de quelqu’un d’autre, et que la main de chacun est dans la poche de quelqu’un d’autre. Combien de temps cela va-t-il durer ? Quand est-ce que cela va s’arrêter ? D’où viennent ces bombes atomiques, ces bombes à hydrogène ? Elles viennent de la compétition et de la rivalité. Cela ne fait aucune différence que cette rivalité soit entre deux individus ou entre deux nations. Peu importe qui fait cela – la Russie ou l’Amérique – il y a compétition, on doit être le premier !
Si vous avez fait une bombe atomique, nous devons faire une bombe à hydrogène, une super bombe à hydrogène ! Nous ne pouvons pas rester derrière ! On ne nous enseigne pas de rester derrière. Si vous tuez dix personnes, on en tuera vingt. Si vous détruisez un pays, on détruira deux pays. Ce qui veut dire qu’on est prêt à détruire absolument tout, plutôt que de rester derrière !
Qui crée cette situation ?
Elle découle entièrement de l’éducation.
Mais nous sommes tellement aveugles que nous ne sommes pas capables de voir le problème. On enseigne aux enfants de n’être ni avides, ni peureux, mais que faisons-nous en réalité ? – nous leur enseignons tout le temps l’avidité (la cupidité, l’ambition) - et la peur !
Dans les temps passés il y avait la peur de l’enfer d’un côté et la récompense du ciel de l’autre. Cela a été enseigné pendant des milliers d’années. D’un côté la peur que je puisse me retrouver en enfer, de l’autre l’aspiration à réussir malgré tout à atteindre le paradis. Partout où il y a récompense et punition, il y a la peur et l’avidité. Mais qu’apprenons-nous aux  enfants ? Quelle est notre méthode pour enseigner ? La seule méthode est d’enseigner la peur et l’avidité. Ou bien nous punissons les enfants, ou on les tente en leur offrant des prix, une bonne réputation, un meilleur poste, un statut plus élevé dans la société.
À l’époque où j’étais étudiant, il y avait une formule : si vous étudiez bien vous deviendrez un grand patron, un chef, un président. Nous créons cette sorte de tentation dans la tête des enfants. Avez-vous jamais enseigné aux enfants à vivre une vie de paix et de joie ?
Non !

Nous leur avons appris à faire de leur vie une course vers des positions supérieures. Nous leur avons enseigné comment gagner plus d’argent, avoir de plus beaux vêtements. Nous leur avons enseigné d’être de plus en plus avide, parce que c’est une preuve de réussite. Y a-t-il une place quelque part pour ceux qui ne réussissent pas ?
Dans ce système d’éducation, il n’y a aucune place pour ceux qui ne réussissent pas. Nous ne faisons que créer l’obsession de la réussite, c’est donc naturel que celui qui veut réussir dans le monde ne recule devant rien. La réussite fait oublier tous les coups tordus. Un homme devenu président alors qu’il était au départ concierge… on ne se pose plus la question de savoir tout ce qu’il a fait pour y parvenir, une fois qu’il a atteint la position de président ! Plus personne ne se soucie de savoir comment il est devenu président, par quels moyens, par quelles tricheries, par quels mensonges, par quelles combines ?! Il n’est plus nécessaire de soulever la question. Plus personne ne le demande. Une fois que quelqu’un a réussi, toutes les magouilles sont oubliées. Le succès est le seul but. Alors pourquoi ne devrais-je pas moi aussi réussir en disant des mensonges et en devenant malhonnête ? Si je ne réussis pas en disant la vérité, ne pourrais-je rien essayer d’autre… ?

Nous avons donc fait de la réussite le centre de la vie. Et quand le mensonge et la malhonnêteté se développent nous sommes très malheureux. Tant que la réussite sera la référence, il y aura les mensonges, la malhonnêteté, les voleurs. On ne peut pas s’en débarrasser… si la malhonnêteté et les combines sont la seule façon de gagner, que peut-on y faire ? Quand la réussite est la seule valeur, tout le reste en est dépendant.

Nous ne cessons de nous plaindre et de nous lamenter que la malhonnêteté ne cesse de croître. Mais elle ne peut que se développer, puisque c’est le résultat de tout ce que l’on enseigne depuis cinq mille ans !

La réussite n’a aucune valeur. La réussite ne mérite ni grand respect, ni honneurs.
Un homme devrait atteindre l’accomplissement intérieur, l’épanouissement, pas la réussite.

C’est préférable pour quelqu’un d’échouer dans une bonne cause plutôt que de réussir dans une mauvaise. On devrait respecter les bonnes actions, pas la réussite. Mais la réussite est devenue une valeur, et toute la vie tourne autour d’elle.
On a récemment créé une commission de l’éducation. Son président a dit : « Nous apprenons aux enfants à dire la vérité ; nous le leur expliquons de mille façons, mais les enfants continuent à mentir. »
J’ai demandé au président s’il aimerait voir son fils devenir éboueur, ou concierge dans une école, ou s’il aimerait plutôt voir son fils président d’une commission, ou ambassadeur à l’étranger - s’élevant peu à peu jusqu’au sommet ? « S’il était éboueur, en seriez-vous gêné ? »
Il a répondu : « Oui, ça me dérangerait énormément. »
Alors je lui ai dit : « Si cela vous est insupportable, voulez-vous réellement que votre fils dise la vérité et soit honnête ? »
Tant qu’un journalier n’est pas respecté, et tant qu’un président est respecté, il ne peut y avoir aucune honnêteté dans le monde ! Parce qu’un journalier devra se passer du moindre respect sa vie entière.  La vie n’est pas si longue pour qu’il puisse un jour connaître la moindre reconnaissance, lui qui s’est contenté de rester dans l’honnêteté et dans la vérité. Si le mensonge mène à la réussite, qui est assez fou pour ne pas y recourir ?
La situation est telle que non seulement nous-mêmes, mais aussi le dieu que nous avons créé, et le paradis que nous avons également créé ne prennent en compte que les gens qui réussissent ! Si un journalier meurt, potentiellement son destin c’est l’enfer ! Aucun président ne va jamais en enfer – ils vont directement au paradis !
Nous devons détruire cette façon que nous avons de mettre la réussite au centre de tout. Si vous voulez réellement faire quelque chose pour vos enfants, et si vous aimez vos enfants, arrêtez de mettre la réussite au centre de tout, et créez un nouveau centre : l’accomplissement personnel, l’épanouissement.
Si vous avez un peu d’amour pour l’humanité, et si vous voulez vraiment l’avènement d’un monde nouveau, une nouvelle culture, un nouvel homme, vous devrez admettre que ça na va pas, que toutes ces vieilles croyances stupides doivent être détruites, et qu’il vous faut réfléchir à la manière de créer une rébellion qui provienne de l’intérieur même de l’individu.
Actuellement tout est faux, et donc on crée un homme faux.
Un professeur doit fondamentalement être un grand rebelle face à ce monde, c’est seulement comme cela qu’il peut faire grandir la nouvelle génération. Mais le professeur est un traditionaliste et ne cesse de répéter les vieilles imbécillités. Les enseignants ne changent pas. Avez-vous jamais entendu parler d’un enseignant à l’esprit rebelle acéré ?
C’est la personne la plus orthodoxe, la plus traditionnelle, et du coup la plus dangereuse qui soit.
La société ne reçoit rien de bon de lui.

Quelle sorte de rébellion est-ce que j’attends d’un enseignant ?
Devrait-il brûler les maisons ? Faire dérailler les trains ? Brûler les autobus ? Non !
Qu’on ne se méprenne pas sur ce que je dis.
Je dis seulement que son approche de ce qu’il appelle SES valeurs – son approche de ce qu’on appelle NOS valeurs – doit être animée par un sens critique, un esprit rebelle, et qu’il devrait réfléchir clairement et précisément à ce qui ne va pas.

Quand on dit à un enfant que c’est un âne, qu’il est un idiot, parce qu’il y en a un qui est loin devant lui, regardez si vous pensez vraiment que ce qui est dit à cet enfant est juste. Peut-il y avoir deux personnes égales dans ce monde ? Est-ce vraiment possible que celui que vous traitez d’âne puisse devenir pareil à celui qui est loin devant lui ?
Est-ce que cela a jamais été possible ?
Chacun est juste comme il est ; il n’est pas question de la moindre comparaison. Il ne devrait donc n’y avoir aucune évaluation - ni aucune comparaison avec les autres.
Une petite pierre est petite et une grosse est grosse.
Il y a de petites plantes et des grandes.
Un brin d’herbe est un brin d’herbe et un rosier un rosier : la nature, elle, n’est ni déçue par le brin d’herbe, ni fière du rosier.
Elle donne vie au brin d’herbe avec autant de joie qu’au rosier.
Si vous mettez de côté le mental humain, entre un brin d’herbe et un rosier, qui est le plus grand et qui est le plus petit ?
Rien n’est petit ou grand.
Le brin d’herbe est-il inférieur au sapin ? Si c’était le cas, Dieu aurait détruit le brin d’herbe et laissé dans le monde seulement les sapins.

Ce que les hommes ont choisi comme valeurs est quelque chose de faux.
Ce ne sont pas des valeurs du tout.

OSHO Revolution in Education – premières pages…
1967-1969
© Osho International Foundation


mardi 21 décembre 2010

VOIR c'est transformer


Par Nicole Montineri
Regardons ensemble ce monde tel qu'il est devenu. Il n'est pas une illusion, mais une réalité dramatique que la pensée humaine a construite. Elle a élaboré ces idées de compétition, d'agressivité, d'avidité, une moralité basée sur la réussite et le profit. L'idéologie dominante nous fait prendre pour naturel ce moment de l'histoire, qui n'est qu'un moment de la pensée humaine.
Aujourd'hui, notre propre esprit est effrayé par ce qu'il a produit, angoissé devant l'état de la planète et des relations conflictuelles qu'il a généré. Il cherche la paix, la beauté, l'amour, dans de nouvelles théories, de nouvelles églises, de nouveaux idéaux ou de nouveaux sauveurs, dans des attachements à des personnes proches, famille, amis, ou à des biens matériels. Il cherche toujours au dehors.
A mesure que ce monde devient plus complexe, plus matérialiste et conflictuel, nous perdons le contact avec nous-mêmes et sombrons dans une pauvreté intérieure, ballotés entre plaisir et détresse, espoir et angoisse, piégés par le conflit des opposés. Nous sommes persuadés que c'est cela, vivre.
Nous nous sommes habitués à la lutte incessante avec les autres, avec nous-mêmes, avec la nature, avec la vie. Nous avons réduit nos existences à une suite interminable de batailles, de soumissions et de souffrances. Elles n'ont plus aucun sens car, immatures, égoïstes, nous sommes incapables d'être totalement responsables de nous-mêmes, de notre comportement, de nos actes.
Est-il possible de vivre autrement ? Pouvons-nous sortir de ce chaos engendré par la brutalité et l'avidité ? Sommes-nous capables de vivre en paix et en amitié les uns avec les autres ?
Arrêtons-nous un moment et posons-nous ces questions, sans tenter d'y apporter aussitôt des réponses toutes faites, issues de nos savoirs, de nos croyances, de nos expériences mémorisés, sans revendiquer l'adhésion à un idéal, à une église, à une autorité, à un sauveur.
En tant qu'êtres humains, nous sommes totalement responsables de l'état du monde. Chacun de nous, dans sa vie quotidienne, contribue à l'agressivité, à l'avidité, à la misère. Avons-nous le courage de regarder ceci, sans justification ni culpabilité ? Simplement voir les faits, sans préjugés, sans aucun conditionnement culturel, religieux, politique ?
Cette proposition de voir clairement, avec simplicité, avec humilité, ne s'adresse pas à ceux qui sont satisfaits d'eux-mêmes, de leur esprit agressif et cupide, à ceux qui tirent leur profit ou leur sécurité du système économique et social, à ceux qui sont bien établis dans leurs croyances ou leurs idéaux, ni à ceux qui pensent que nous ne sommes que des marionnettes actionnées par une puissance cosmique.
Elle s'adresse à ceux qui, sincèrement, profondément, ressentent l'exigence que plus de bonté et d'amour circulent sur cette terre, ainsi que la nécessité de mettre fin à la confusion, au conflit et à la violence en eux-mêmes. A ceux qui devinent que le désordre, la brisure et la souffrance en eux et en ce monde ne sont pas inévitables. A ceux qui ne se voient pas comme des êtres séparés, avec des idées distinctes, à l'intérieur de barrières culturelles, politiques, économiques, mais qui ont compris que nous formons une seule et même humanité.
Le monde est au bord de la catastrophe et nous débattons de nouveaux schémas économiques, sociaux, qui ne seront que des réponses superficielles, non adaptées à la réalité présente, toutes issues d'un passé mémorisé qui n'a généré que des drames.
La pensée humaine a produit cet état de désordre planétaire, a divisé les hommes en communautés nationales, religieuses, économiques qui se combattent, et c'est cette pensée qui essaie de résoudre les problèmes qu'elle a créés.
La pensée est partielle, morcelée, limitée par le savoir accumulé et les expériences passées. Persuadés que sa capacité d'adaptation, que son habileté à analyser, à argumenter, sont de l'intelligence, nous utilisons la pensée sans voir ses limites, afin d'établir la paix dans des sociétés où la confusion et le conflit en sont ses produits. L'organisation sociale et économique que nous avons édifiée, ainsi que tous les nouveaux modèles que nous cherchons à créer sont fondés sur cette pensée. Elle est par nature facteur d'oppositions et de conflits, car elle consiste à séparer.
Une pensée fragmentaire, contradictoire, ne créera toujours que du désordre. Pétrie de conditionnements historiques, de peurs enracinées, elle ne pourra jamais apporter le changement. La vraie transformation est au-delà de la pensée. Elle est dans une vision holistique de la vie, de son mouvement global tel qu'il est, et non dans une analyse morcelée, à partir de points de vue dogmatiques ou idéologiques.
C'est ainsi que nous vivons : dans un monde d'idées contradictoires qui nous font croire qu'en nous attachant à des notions de paix, de générosité, nous nous débarrasserons de la violence et de la cupidité. Nous façonnons des idéaux pour nous délivrer du désastre qui s'offre à nos yeux, mais ils n'y parviennent jamais. Nous établissons une division entre la réalité et ce qui devrait être, qui nous fait tomber dans la confusion et le désespoir. Nous agissons à partir d'une idée, mais il n'y a aucune nouveauté, aucune liberté dans cette action qui n'est que réaction, constituée de notre savoir et de nos expériences accumulés.
On ne peut compter sur la pensée pour créer quelque chose de complètement neuf. Elle ne voit jamais les faits instantanément tels qu'ils surgissent. Elle peut les comprendre après coup, mais dans cet intervalle de temps s'insinuent aussitôt des désirs, des peurs, des images qui édifient un monde qui n'est plus la réalité telle qu'elle est.
La pensée nous trompe, nous manipule, d'autant plus qu'elle est désormais complexe, habile.
Avec ses opinions, ses préjugés, ses condamnations, ses justifications, elle est devenue un moyen de fuir les faits, en les transformant en abstractions. Or, les faits sont là, tels qu'ils sont, bien que la pensée ait du mal à l'admettre.
Comme nous ne sommes en contact avec eux qu'à travers nos idées, nous en avons peur. La peur n'existe que par la pensée. Celle-ci essaie de traduire la réalité afin de trouver une sécurité, une permanence qu'aucun évènement ne viendra perturber. Elle crée donc un idéal, une croyance, un système de pensée qui porte en lui les germes de la violence et du malheur. Ainsi, après avoir adoré ce que la pensée aura créé, nous nous mettrons à le détester.
Ce n'est pas un nouveau système de pensée élaboré pour réorganiser les relations sociales, politiques, économiques, qui résoudra nos problèmes. Mais une vision et une conduite justes, libres de tous nos conditionnements religieux, idéologiques, psychologiques, libres de tous nos objectifs de profit, de reconnaissance égotique, de pouvoir. Car le chaos actuel n'est que la projection de notre champ de bataille intérieur.
L'état actuel de la société est le résultat de la volonté de chacun d'avoir toujours plus de plaisir, toujours plus de réussite et de reconnaissance. Tout désir d'être considéré par les autres est une agression, même chez celui qui a pris l'habit du prêtre ou du maître spirituel. Nous sommes tous remplis de désirs qui nous rendent dominateurs. Nous cherchons à cacher cette violence profondément ancrée dans nos cœurs en jouant une comédie hypocrite aux autres et à nous-mêmes, par besoin égotique de respectabilité.
Nous connaissons tous le jeu malhonnête des politiciens, qui consiste à promettre un paradis qui se transforme, au mieux en désillusion, au pire en enfer. Nous savons ce que valent leurs promesses, et cependant, nous choisissons toujours le plus rusé, le plus ambitieux, celui qui sait le mieux nous tromper pour parvenir à ses fins, celui qui est le plus habile à user de formules creuses qui répondent à un idéal collectif. Pourquoi ? Parce que nous sommes incapables de vivre sans idéal, sans la projection d'une réalité issue de l'accumulation de nos opinions.
Nous n'avons pas appris à vivre sans croyances, qui résultent toutes d'une peur, d'une soumission à une autorité. Nous ne savons pas simplement nous ajuster à ce que nous sommes, nous adapter au mouvement de la vie en nous. Nous préférons compter sur une autorité, politique, religieuse, spirituelle, qui va nous imposer de l'extérieur des règles de conduite, des méthodes de transformation, même si le prix à payer est la restriction de notre espace de liberté.
Nous est-il possible de vivre dans le moment présent, sans projection, de voir les faits tels qu'ils sont et non de considérer seulement l'idée que nous nous en faisons, de les regarder sans les condamner ou les justifier, sans essayer de trouver la théorie ou l'idéologie qui va les bannir ? C'est la première question à nous poser.
Dès que nous acceptons l'assujettissement à l'autorité d'un politicien, d'un sauveur, d'un dogme religieux, d'une idéologie politique, nous bataillons pour nous y conformer. Assoiffés de certitudes, rongés par notre besoin de sécurité, notre soumission crée un conflit en nous-mêmes, une séparation entre ce que nous voyons, vivons, et notre idée de ce qui devrait être, notre exigence de fabriquer une réalité autre que celle proposée par la vie. Cette contradiction vécue en permanence est source de violence intérieure.
Sommes-nous capables de voir que nous acceptons de vivre dans la soumission, dans le refoulement, enfermés dans un monde d'idées contradictoires, cherchant à façonner un idéal sans cesse mouvant ?
Nous voyons toutes les formes de violence à l'œuvre dans la société. Sommes-nous capables de les reconnaître en nous, dans nos croyances, nos désirs, nos inimitiés, nos jalousies, notre sexisme, notre mépris du faible, du pauvre, notre nationalisme, notre cupidité…
Si je me sens responsable de la violence du monde, il est important de prendre conscience de ce qui me sépare du reste de l'humanité.
La structure psychologique de la société est le reflet du rapport de chacun de nous aux autres, où prédominent les besoins d'attachement, de sécurité, de dépendance, de domination ou de soumission. Jamais nous ne remettons en question toutes ces formes de fuite de la réalité. En quête du bonheur, nous le cherchons dans des dépendances affectives, dans des soumissions à des maîtres qui nous imposent des règles de vie, dans des adhésions à des croyances religieuses ou à des idéologies politiques, dans des besoins de possession matérielle et de domination des autres. Toutes ces formes d'assujettissement mènent au conflit, à la violence, à l'exploitation mutuelle et à la souffrance. Pour éviter de souffrir, nous nous étourdissons de distractions, de travail acharné, ou alors nous recherchons le détachement, qui est encore une quête de plaisir, un refuge sécuritaire pour l'ego.
Une société où chacun de ses membres vit séparé, enfermé dans ses attentes égotiques, sans vrai contact avec les autres, est une société conflictuelle, uniquement fondée sur l'utilisation réciproque.
La vie n'existe que par la relation. Tout le vivant communique. L'histoire de ce monde est une histoire de relations que nous bâtissons ensemble, les uns avec les autres. Si nos rapports familiaux, amicaux, professionnels, ne sont que confusion, opposition, domination, comment s'étonner du chaos de ce monde ? Nous échafaudons de grandes théories pour sauver le monde du désastre, pour opérer une grande transformation des relations sociales, mais le vrai et profond changement se situe au plus prés de chacun de nous.
Quel est l'état de nos relations avec nos proches ? Est-il suffisamment tendre, doux, bienveillant ? Notre tête est remplie d'idéaux, de concepts à propos de solidarité, de justice, de progrès social, mais notre cœur est-il suffisamment rempli de beauté et d'amour ?
Le problème est que nous avons séparé l'intellect de notre sensibilité, notre capacité d'analyse de notre capacité de perception. En donnant la prééminence à nos facultés intellectuelles, à l'expression totalitaire des opinions sur tous les domaines de la vie, nous nous séparons de sa réalité, nous nous éloignons du vivant, de ce qui est d'instant en instant. Dans cette distance, se trouve notre incapacité à communiquer, à partager nos compréhensions et nos sentiments, à aimer sans désir de possession ou besoin de dépendance, à donner et à recevoir avec confiance. Dans cette distance, se trouve le malheur du monde.
Le vrai contact ne peut exister que lorsque l'esprit est silencieux.
Demandons-nous pourquoi l'esprit se charge autant de ce poids des opinions et des croyances qui empêchent de voir exactement ce qui est ? Toutes nos relations sont faussées par ce fardeau qui encombre notre espace intérieur. Il est nécessaire que nous regardions avec lucidité la cause essentielle de nos conflits personnels et mondiaux. Tant que nos esprits seront pleins de bavardages incessants, de désirs de profit et de domination, de ce flot de médiocrité et de vulgarité collectives, ils resteront confus.
Seul l'esprit silencieux peut permettre à ce qui, en nous, est immuable, paisible, de voir clairement. Les actions qui en découlent sont toujours justes, car libres de toute attente de satisfaction, de reconnaissance. Elles viennent spontanément d'un espace vide et non de l'activité d'une pensée surabondante. L'énergie de cet espace est celle de la source d'où tout émerge. Elle est observation silencieuse de ce qui se déroule, Présence au-delà du temps psychologique et de l'histoire des hommes. Elle est la Conscience, le Je Suis éternel, qui voit ce qui apparaît et disparaît, qui permet à l'existence de se révéler. Lorsque notre regard est celui de cette énergie-connaissance directe, en amont de la manifestation, il englobe tout : l'origine, le déroulement des phénomènes et leur retour à la source. L'observation a lieu sans celui qui se prend pour l'acteur avec ses opinions, ses jugements. La pensée et ses contradictions n'interviennent plus pour apporter toujours plus de confusion dans nos existences. La connaissance des faits est directe, la compréhension de chaque chose est immédiate et globale.
Il ne s'agit pas de ne plus penser, mais de réaliser le mécanisme des habitudes et des réactions de notre esprit, de le délivrer de tout ce conditionnement historique, culturel et social qui le rend incapable de pénétrer au cœur des choses sans rejeter ou approuver.
C'est une vision qui a lieu dans notre vie quotidienne. L'esprit, loin d'être en sommeil, est vif, clair, attentif. Il est l'instrument efficient qui permet à l'être pleinement conscient de se libérer, sans effort, de tous les conditionnements personnels et sociaux qui l'étouffent. Dans cette vision instantanée des choses telles qu'elles sont, sans surimposition de croyances et de certitudes, se trouve la liberté.
Voir, simplement, d'instant en instant, non pas à partir d'une idée, mais de ce qui se passe réellement en nous et autour de nous, sans établir de division entre l'intérieur et l'extérieur, car il n'y en a pas. La vie est une. Ce monde que nous avons créé et nos mouvements intérieurs sont intrinsèquement liés. Tant que nous serons divisés intérieurement, ce monde le sera. Tant que nous serons violents individuellement, ce monde le sera. Il continuera à engendrer haine et misère aussi longtemps que nous n'aurons pas découvert qui nous sommes véritablement.
Nous avons à faire ce travail de discernement entre nos fluctuations mentales qui vont au gré des circonstances, façonnées, conditionnées par nos expériences et notre environnement, et ce qui est vision au-delà du temps, au-delà de l'histoire, regard qui ne dépend pas du déroulement des phénomènes, attention sans but et cependant pleinement consciente à chaque instant.
La vie entière, avec tous ses possibles, est contenue dans cet instant qui se renouvelle perpétuellement. Il s'agit de la voir comme un tout et non à partir d'un point de vue personnel, isolé. Il s'agit aussi de se voir dans l'intégralité de notre être et non dans chacun de ses aspects particuliers que nous aimons ou condamnons. Ainsi, nous pourrons voir l'unité de tous les êtres vivants.
Les vraies actions découlent de cette vision holistique. Le reste n'est qu'agitation egocentrique, poursuite d'idéaux projetés par la pensée, volonté de domination.
La vérité est, dans l'instant, ce que nous sommes intégralement. Elle est dans le fait tel qu'il survient et dans la perception aiguë que nous en avons. Cette perception est sans contradictions, sans exclusions. Elle est dans l'attention quotidienne à ce que nous pensons, disons, faisons, sans jugement, dans la pleine conscience de nos réactions inadaptées à la réalité et qui indiquent à quel point nous sommes conditionnés.
Il n'existe pas de vérité abstraite.
Etouffés sous le poids des structures sociales de plus en plus complexes que les dirigeants des pays et les experts en tous genres renforcent délibérément, nous oublions que vivre est simple.
Et vivre dans la simplicité, dans l'abandon de toutes nos abstractions, c'est permettre à l'amour de circuler sur cette planète.
La vision réelle, sans le penseur, est l'amour. Dès que n'existe plus celui qui crée une distance par le biais d'images, de concepts, de croyances, l'amour est là. Parce qu'il est la Réalité.
Il n'est pas l'opposé de la haine : il est l'énergie de l'univers, éternellement en mouvement, dont la source est le vide, un silence intense, à la pulsation unique.
Nous savons bien que la voie de l'amour est la seule qui mène à l'épanouissement de la vie sur cette terre. Au fond de nous, nous voyons, depuis longtemps, que cette énergie bien réelle mais qui est devenue pour nous un mot creux, est la seule solution à tous les problèmes de l'humanité. Or, il ne peut y avoir d'amour dans les rapports entre les êtres humains si chacun d'entre eux est prisonnier du contenu de sa pensée. C'est parce que nous sommes de plus en plus remplis d'idées que nous aimons de moins en moins. Il ne peut, non plus, y avoir d'amour si chacun poursuit plus de plaisir, plus de réussite, de profit, de reconnaissance sociale.
Nos cœurs se sont peu à peu fermés par la répétition de nos réflexes mentaux d'adhésion et de soumission à des croyances, à des modèles imposés par des autorités religieuses, politiques et financières qui détruisent notre sensibilité et notre joie de vivre. Nous nous conformons à une morale qui est celle des puissants, avides, brutaux, et qui, donc, est immorale. Nous éduquons nos enfants de façon à ce qu'ils se plient à cet ordre établi aliénant, et ainsi, l'agressivité, la violence, les conflits se perpétuent sans fin. Avec eux, la souffrance…
Si nous pouvons voir tout cela clairement, l'esprit tranquille, le cœur ouvert, si nous pouvons poser un regard lucide et doux sur nos comportements contradictoires, sur nos incessants désirs égocentriques, sur nos préjugés, sur nos besoins de sécurité à tout prix, alors l'amour pourra naître, dans ce contact direct avec la réalité.
Bien sûr, cette énergie est dangereuse pour ceux qui ont intérêt à mettre des barrières, à perpétuer la compétition entre les êtres, à tout contrôler, légaliser, « moraliser »…
Mais sommes-nous si soucieux de préserver cette image artificielle de respectabilité qui nous a été imposée, que nous ne sommes plus que des mécaniques à obéir ?
Depuis des siècles, nous nous conformons à l'autorité de maîtres qui nous plongent dans le désarroi, la peur, les guerres incessantes, et englués dans ce champ de bataille perpétuel, nous ne savons plus ce que vivre signifie. Or, vivre n'a pas de maître, vivre n'a pas de dogme, pas d'idéal. C'est un mouvement libre, constitué de relations, d'interconnections dans le visible et l'invisible.
Pour voir ce mouvement, l'esprit doit être silencieux. Ce silence n'est pas l'arrêt de toute activité cérébrale. Il est l'immense espace en nous-mêmes, il est ce que nous sommes d'infini, d'intemporel, et ce qui nous y mène. Lorsque nos esprits bavards, tumultueux, – qui calculent sans cesse, ont peur et se protègent – sauront se tenir tranquilles, ce qui est au plus profond de nous pourra se dévoiler.
Ce ne sera jamais un nouveau système de pensée ou d'organisation économique et sociale, qui ne fera que reproduire les mêmes schémas conflictuels, qui créera un monde de paix. Nos esprits vieux, conditionnés par leur appartenance à une culture nationale, à une idéologie, à une religion, à un groupe social, ne peuvent que produire de l'imitation. Or, la vie est neuve, créative à chaque instant, inconnue à nos esprits répétitifs.
Toute action, pour avoir une réelle portée, doit provenir de ce qui est réellement, dans un mouvement sans cesse renouvelé, et non partir d'une abstraction.
Nous fabriquons des idéaux derrière lesquels nous nous abritons. Ils sont tous faux et créent un abîme entre le penseur et les autres, entre l'humanité et la réalité des faits, ainsi qu'une contradiction à l'intérieur de chacun de nous, source de tous nos maux. Notre pensée dispersée, toujours tournée vers l'extérieur à la recherche d'unité, mais inapte à voir chaque chose en sa totalité, à aller au-delà des catégories mentales, rend notre monde absurde.
Nous n'avons de l'unité qu'une conception intellectuelle, mais nous ne la vivons jamais réellement. Nous ne connaissons de la paix, de l'amour, que le mot et non la réalité. Nous courons inlassablement vers quelque chose dont nous avons oublié la nature, et ce faisant, nous nous éloignons de notre intériorité, de ce centre qui englobe tout. La connaissance directe, la perception holistique des faits se trouve en chacun de nous, en ce cœur à la fois personnel et universel.
Voir cela, c'est établir un contact immédiat avec ce qui est réellement, donc transformer notre qualité d'être au monde, modifier nos rapports avec les autres. Il ne s'agit pas ici d'analyser, mais de voir les faits de façon si claire, si directe, que l'éclair de réalisation de ce qu'est véritablement la vie surgit instantanément. En cette absence de distance se trouve l'amour.
« Si nous progressons, le monde progressera. Tels que nous sommes, ainsi est le monde.
Sans comprendre le Soi, à quoi bon comprendre le monde. Sans la connaissance de l'Etre, la connaissance du monde est sans intérêt. Plongez en vous-même et trouvez le trésor caché là.
Ouvrez votre cœur et voyez le monde à travers les yeux du véritable Soi. »
Ramana Maharshi 

lundi 20 décembre 2010

Une nouvelle sorte d'amour

Texte entier :
Osho,

Vous dites que l’amour et la haine sont ‘un’ ; mais je peux voir qu’il y a  plus de haine dans le monde que d’amour.
Dans le même temps vous dites que l’illumination n’est ni amour, ni haine.
Parlez-vous de deux qualités différentes de l’amour ? Comment cela s’accorde-t-il avec votre  message d’amour ?

L’amour et la haine sont les deux côtés d’une même pièce. Mais il s’est passé quelque chose de vraiment dramatique avec l’amour. C’est inimaginable de voir comment ce drame a été causé par des gens qui avaient les meilleures intentions du monde.
Il est tout à fait possible de ne même jamais se douter de ce qui a détruit l’amour :
 c’est en réalité l’acharnement à enseigner l’amour qui a détruit l’amour.

La haine est encore pure – l’amour ne l’est plus.
Quand vous haïssez, votre haine a une authenticité.
Et quand vous aimez, ce n’est que de l’hypocrisie.
Ceci doit être compris.

Pendant des milliers d’années toutes les religions, tous les politiciens, tous les pédagogues n’ont enseigné qu’une chose, et cette chose est l’amour : aimez vos ennemis, aimez votre voisin, aimez vos parents, aimez Dieu…
D’abord, pourquoi se sont-ils mis à cette étrange série d’enseignements au sujet de l’amour ? Ils avaient peur de l’amour authentique, parce que quand votre amour est authentique il est au-delà de leur contrôle !
Vous êtes possédé par lui.
Vous n’en êtes pas le possesseur, c’est lui qui vous possède.
Et toutes les sociétés veulent que vous contrôliez la situation !

La société a peur de votre nature sauvage, elle a peur de votre naturel, aussi depuis le tout début elle veut vous couper les ailes. Et la chose essentielle qui est dangereuse en vous, c’est la possibilité d’aimer, car si vous êtes possédé par l’amour vous pouvez même aller contre le monde entier.
Ce petit homme, possédé par l’amour, se sent capable de réaliser l’impossible !
Dans toutes les histoires d’amour célèbres ce fait apparaît d’une façon très subtile, mais personne ne s’en est jamais soucié ou n’a jamais fait de commentaires sur ce sujet : pourquoi ce facteur déterminant apparaît systématiquement dans toutes les vieilles histoires d’amour ?
En Orient par exemple nous avons la plus célèbre des histoires d’amour, celle de Majnu et Laila. C’est une histoire soufie. Peu importe que ce soit historique ou non. Ce que je veux faire ressortir, c’est la structure de l’histoire, et c’est la même dans toutes les histoires d’amours célèbres, tout autour du monde.
La deuxième histoire d’amour orientale célèbre est celle de Siri et Farhad – mais la structure en est la même. La troisième histoire est celle de Soni et Mahival, et c’est toujours la même chose.
L’histoire est construite sur le fait que l’on demande à l’amoureux de réaliser quelque chose d’impossible ; s’il peut réaliser cette chose impossible, alors il obtient la bien-aimée. Naturellement les parents et la société ne veulent pas entendre parler de cette histoire d’amour ! Aucune société n’est prête à accepter une histoire d’amour, mais dire ‘non’ serait impoli !
Quand quelqu’un arrive avec une demande d’amour, vous ne pouvez pas vous contenter de dire non. Même si vous voulez dire non - et vous allez dire non !- il faut trouver un moyen, et c’est le moyen : demander à l’amoureux de réussir quelque chose d’impossible, quelque chose qu’il ne peut pas faire - et vous le savez très bien - quelque chose qui est une tâche surhumaine. Et s’il ne peut pas l’accomplir, vous n’êtes alors plus responsable, c’est lui qui a échoué ! C’est la façon civilisée de dire non !

Il est dit à Farhad qu’il peut obtenir Siri, si, tout seul, il peut creuser un canal depuis les montagnes jusqu’au palais du roi – Siri est la fille du roi. Et le canal doit être rempli de lait, pas d’eau ! C’est pure absurdité.
D’abord, même s’il s’agissait de construire un canal avec de l’eau… un jeune homme, tout seul… et depuis les montagnes, à des centaines de kilomètres, ça va lui prendre des milliers d’années pour arriver jusqu’au palais. Faisons l’hypothèse qu’il accepte que ce soit possible, comment va-t-il remplir ce canal de lait ? D’où va provenir une telle quantité de lait pour couler jusqu’au palais ? Et le roi veut que le jardin de son palais soit arrosé par du lait – c’est la condition pour que Farhad soit qualifié pour obtenir la main de sa fille.

J’ai réfléchi à ces centaines d’histoires d’amour, célèbres tout autour du monde, mais d’une façon ou d’une autre cette constante apparaît toujours : il est demandé quelque chose d’impossible. Ce que je comprends, c’est que ce facteur essentiel n’est pas là sans raison.
Il y a quelque part, dans l’inconscient du mental humain, la reconnaissance que l’amour peut rendre l’impossible, possible.
L’amour est tellement fou ! Une fois que vous êtes possédé par l’amour vous ne pensez plus en termes de raison, de logique, de réalité. Vous vivez dans un monde de rêves où tout est en votre pouvoir. Ce qui m’a intéressé dans ces histoires d’amour ça a été de découvrir qu’il y a quelque chose de très essentiel en ce qui concerne l’amour. Ce que j’ai découvert c’est que l’amour vous rend tellement ‘fou’ que rien n’est impossible !

Quand on demande à Farhad de réaliser cet énorme travail de creuser un canal depuis les montagnes à des centaines de kilomètres, il s’y met ! Il ne dit même pas :  « Êtes-vous fou, qu’est-ce que vous demandez ? Vous rendez les choses impossibles dès le départ, pourquoi ne dites-vous pas tout simplement ‘non’ ? Pourquoi tourner autour du pot ? » Non, il ne dit pas un seul mot, il prend une pelle et part dans les montagnes.

Les gens de la cour demandent au roi :  « Qu’avez-vous fait ? Vous savez très bien que c’est impossible. Vous ne pourriez pas le faire, nous ne pourrions pas le faire, personne ne peut le faire.
Vous-même avec toute votre armée, avec toutes vos forces, ne pourriez pas amener ce canal jusqu’au palais – et y mettre du lait… venant d’où ? Le lait ne coule pas dans les torrents de montagne. Vous pouvez conquérir le monde entier – on connaît votre pouvoir et vos armées – mais il s’agit d’autre chose. Vous ne pouvez pas changer les lois de la nature.
« Ce pauvre garçon, tout seul – et vous lui avez précisé qu’il ne devait demander l’aide de personne – doit creuser ce canal entre les montagnes et le palais. Ça va lui prendre des millions d’années, et même s’il réussit… d’où va venir le lait qui doit remplir le canal ? »
Le roi répondit :  « Je sais tout cela – cela ne se réalisera pas. C’est pourquoi je l’ai demandé,  je lui fais porter toute la responsabilité de la chose. Maintenant s’il ne peut pas le faire, c’est lui qui en est responsable et j’évite ainsi d’avoir à dire non à quelqu’un ! »

Mais les gens de la cour s’inquiétaient pour le jeune homme, Farhad. Ils se précipitent pour le rattraper et lui demandent : « Êtes-vous fou ou quoi ? Où allez-vous ? Ce n’est pas possible. »
Et Farhad dit : « Tout est possible. Mon amour doit seulement être authentique, vrai. »

L’existence ne peut pas refuser quelque chose à l’amour. L’existence peut changer sa nature, ses lois, mais elle ne peut pas décevoir l’amour, car l’amour est la loi la plus haute de la nature. Pour la loi la plus élevée, les lois inférieures peuvent être effacées, changées.
Les conseillers du roi, gens avisés, furent choqués par la réponse, mais la réponse semble valable. Ce que le jeune homme dit est sensé. Et l’histoire est que Farhad réussit ! Seul, il réussit à créer le canal, et grâce à son authenticité, son intégrité, à sa confiance dans l’existence, l’eau se transforme en lait.

Ce n’est qu’une histoire ; je ne crois pas que l’existence ou la nature va se mettre à changer ses lois. Mais une chose est certaine : la société s’est rendu compte très tôt que l’amour est fou, hors normes. Et une fois qu’un homme est possédé par l’amour il est alors hors de votre contrôle, vous ne pouvez plus l’obliger à quoi que ce soit. Plus aucune raison ne marche, aucune logique n’a plus le moindre sens pour lui ; son amour est la loi ultime.
Tout le reste doit s’y soumettre.
Je ne veux pas dire que tout le reste se soumet, je ne veux pas dire que la nature va changer ses façons de faire, je ne veux pas dire que l’amour rend les miracles possibles. Non, ce que je veux dire c’est qu’il y a cette peur, cette peur que l’amour peut rendre un homme si fou qu’il peut se mettre à croire à des choses comme ça ; et il est alors au-delà de tout contrôle.

Pour garder le contrôle sur quelqu’un, vous devez, dès son plus jeune âge, créer en lui une fausse idée de l’amour, et continuellement l’imposer, afin qu’il ne soit jamais possédé par l’amour authentique et qu’il ne devienne jamais fou, et qu’il reste toujours normal.
Normal veut dire être un esclave des règles de la société, normal veut dire qu’il suit les règles du jeu de la société.

L’amour peut vous rendre rebelle, le faux amour vous rend obéissant, c’est pourquoi ils vous apprennent à aimer Dieu !

Dire à un jeune enfant d’aimer Dieu est un tel non sens ! L’enfant ne sait pas qui est Dieu, et sans connaître l’objet de l’amour comment pourriez-vous attendre qu’il l’aime ?
Mais vous priez Dieu les mains jointes vers le ciel, et l’enfant se met à vous imiter. Dieu est là, en haut, au ciel, et pourtant, tout le monde sait maintenant que la terre est ronde !
Ce qui est au-dessus de nous ici, n’est pas le haut pour l’Inde ; pour eux c’est en-dessous. Le ciel qui est au-dessus de nous n’est pas au-dessus d’eux. Mais tout autour de la terre, les gens regardent vers le ciel, et le Dieu qui vit là, en haut, au ciel !
Si on prend en considération que la terre est ronde – le ciel est partout ‘au-dessus’. Et différentes parties du ciel sont au-dessus de différentes personnes, et rien n’est stable puisque la terre tourne sur son axe continuellement, aussi ce qui était au-dessus de vous il y a quelques instants n’y est déjà plus. Ce qui était au-dessus de vous il y a quelques heures est peut-être maintenant en dessous de vous. Pour se maintenir au-dessus de vous votre Dieu doit se livrer à un incroyable numéro de cirque. Vous lui demandez une tâche impossible… et même si vous lui accordez l’omnipotence, il ne peut pas s’en sortir ! C’est simplement impossible.

Le jeune enfant se met à imiter. Quoi que fassent les parents, l’enfant se met à le faire. Ils vont à l’église – il va à l’église. Ils vont à la synagogue – il va à la synagogue. C’est contre nature. Un homme qui peut aimer Dieu est un homme qui ne saura jamais ce qu’est l’amour.
Réfléchissez simplement : une personne qui peut aimer Dieu sans même savoir qui est ce type, où il est, s’il existe vraiment ou pas, et si il existe, est-ce qu’il est digne d’amour ? Est-il seulement intéressé par vous et par votre amour ? Une personne, sans rien connaître de tout cela, aime Dieu, aime Jésus-Christ, sans savoir si cette personne est réellement un fait historique ou non !?

Si les histoires que les chrétiens racontent au sujet du Christ sont vraies, alors le Christ ne peut pas être un fait historique. C’est là le paradoxe.
Si leurs histoires au sujet de Jésus sont vraies, alors Jésus ne peut pas être vrai. Jésus ne peut être vrai qu’à une condition : si les histoires racontées par les Chrétiens à son sujet se révèlent fausses. Maintenant c’est un vrai problème, car si toutes les histoires racontées à son sujet par les Chrétiens se révèlent fausses, les Chrétiens eux-mêmes ne peuvent plus du tout être intéressés par un tel Christ. Ils sont intéressés seulement parce qu’il y a toutes ces histoires – et si elles sont fausses… !
Jésus ne signifie rien pour eux, ce sont seulement ces histoires : le fait de naître d’une femme vierge, sa marche sur l’eau, le fait de transformer l’eau en vin, de changer les pierres en pain, son pouvoir de guérir les aveugles, les estropiés, les paralysés, de ramener le mort à la vie. Pour un catholique, toutes ces histoires sont la base de sa foi.

Et je dis que si toutes ces histoires sont vraies, alors Jésus doit être vu comme un personnage mythologique. Cela ne peut pas être un fait historique, car les gens réels ne marchent pas sur l’eau. Il n’y a aucun moyen de changer l’eau en vin, il n’y a aucun moyen de changer les pierres en pains.
Dans la vie même de Jésus vous trouverez de nombreuses évidences que ces choses ne peuvent pas être vraies, car il y eut des jours où lui et ses disciples avaient faim et devaient dormir l’estomac vide parce que les villageois qu’ils avaient rencontrés sur leur chemin étaient très hostiles. Ils ne les hébergèrent pas, et ne leur donnèrent pas à manger. Mais si cet homme était capable de changer les pierres en pain, il n’y aurait pas eu de problème !

Si cela avait été le cas il aurait pu changer la face de l’humanité, et il n’y aurait eu aucune raison pour les Juifs de le crucifier, il aurait fourni de la nourriture à l’humanité toute entière ! Il y a assez de pierres dans le monde – toutes ces montagnes ! Il aurait pu changer l’Himalaya en pain, pour que les Indiens puissent avoir à manger pendant des siècles et des siècles. Il aurait pu changer les océans en vin, il n’y aurait plus eu de souci à se faire à ce sujet, même les pauvres auraient pu s’offrir les meilleurs vins, les plus âgés, les plus fins.

S’il était capable de faire revivre les morts alors plutôt que de ramener Lazare à la vie – ce qui n’était d’aucune utilité… je ne vois pas que de ramener Lazare à la vie ait la moindre valeur… Il aurait dû choisir Moïse, Abraham, Ezekiel -  les Juifs l’auraient alors vénéré plutôt que de le crucifier. S’il avait ramené à la vie tous les vieux prophètes, les Juifs l’auraient à coup sûr accepté comme le fils unique de Dieu ! Ce n’était pas la peine d’argumenter, il suffisait de prouver qui il était, par ses actions.

Mais ces histoires ne sont que des histoires. Si l’on veut que Jésus soit un fait historique, Il doit alors être ‘dépouillé’ de tous ces miracles. Mais si tous ces miracles sont abandonnés les Catholiques ne sont plus intéressés par Jésus. Que reste-t-il de Lui ? Pourquoi devraient-ils croire en Lui ?
En réalité ils n’ont jamais cru en lui.

C’est pourquoi je dis que ma religion est la première et la dernière religion sur la terre, car vous n’êtes pas ici avec moi à cause de miracles que j’aurais accomplis. Vous êtes ici avec moi, bien qu’il n’y ait rien de spécial en ce qui me concerne.
Je ne suis porteur d’aucune autorité venant de Dieu, je n’ai aucun support de la part des écritures. Je suis simplement aussi ordinaire que vous l’êtes.
Jusqu’à maintenant cela n’était jamais arrivé. Les gens aiment Jésus à cause de ses miracles ; enlevez les miracles et leur amour disparaît.
Ils étaient attirés par la dimension magique, ils n’étaient pas du tout intéressés par Jésus lui-même. Ils furent intéressés par Krishna parce qu’il était l’incarnation de Dieu et qu’il accomplissait tellement de miracles ! Enlevez ces miracles, et Krishna est fini.
Vous ne pouvez pas en avoir fini avec moi. Vous pouvez tout enlever en ce qui me concerne, mais vous n’en aurez pas fini avec moi pour autant, car je n’ai jamais essayé en aucune manière de vous influencer, ou de vous impressionner par quelque chose de surhumain. Vous pouvez tout me retirer mais votre relation avec moi restera la même ; cela ne peut pas être changé, car c’est une toute simple relation.
Ces relations entre les Catholiques et le Christ, les Juifs et Moïse, les Hindous et Krishna ne tiennent aucun compte des individus. Si Jésus vous croise un jour et vous dit, « Je suis le Christ », la première chose que vous allez lui demander c’est de marcher sur l’eau !
Vous ne pouvez pas me le demander à moi !
Vous ne pouvez même pas me demander de marcher… parce que je n’ai jamais fait même ce miracle ! Marcher sur l’eau… ! vous ne pouvez pas me le demander car vous allez vous rendre ridicule. Mais avec Jésus vous pourriez le lui demander et vous seriez tout à fait juste. S’il se noie, il se noie. C’est contre les lois de la physique, il va se noyer.
Quelle va être alors votre relation avec un Jésus qui se noie ? Vous allez devoir sauter pour le sauver et lui faire de la respiration artificielle. Quelle va être votre relation avec cet homme ? Réfléchissez-y.
Non, vous n’avez aucune relation avec Jésus, Mahavira, Bouddha, Krishna, aucune. Votre attention a été détournée.
Ils vous enseignent d’aimer Jésus. Pourquoi ? Parce qu’il transforma l’eau en vin ? Même s’il a transformé de l’eau en vin, ça ne veut pas dire qu’il mérite votre amour. De fait il a plutôt commis un crime, il devrait être derrière les barreaux. Transformer de l’eau en vin, sans une licence… vous êtes dans l’illégalité, contre le gouvernement, contre la société. Il devrait être puni – je ne vois pas en quoi il mérite votre amour. Et c’est une histoire d’il y a longtemps… aujourd’hui il transformerait les légumes en marijuana, en hash !
Le président Ronald Reagan ne cesse de citer Jésus, ne sachant rien de l’homme, ne sachant pas que s’il était ici et qu’il se mettait à faire des miracles – et il aurait à en faire parce que sans eux il n’est personne – il deviendrait le plus grand dealer d’Amérique ! Ce serait le seul miracle que l’Amérique pourrait comprendre. Il ne se mettrait certainement pas à transformer les pierres en pain – il y a assez de pain en Amérique – il transformerait les pierres en L.S.D.
Non, il n’a jamais fait aucune de ces choses qu’on lui prête. Mais alors votre amour et votre foi disparaissent. Dès votre prime enfance on vous a dit d’aimer Dieu que vous ne connaissiez pas ; vous n’étiez même pas certain qu’il existe. Vous avez été détourné vers une direction qui relève de l’imaginaire, et qui n’a aucun lien avec la réalité.
Votre amour pour Jésus n’est pas ‘pour Jésus’ mais pour des choses qui n’impressionnent que des esprits médiocres.
Si vous avez un peu d’intelligence, vous pouvez voir que tout cela n’est que non sens.
Mais dès votre enfance on a détourné votre amour vers des dimensions irréelles.
Il y a une façon de faire qui est en fait une stratégie très redoutable qui consiste à donner à votre amour un certaine mode, une certaine direction qui reste impossible à concrétiser ; et à cause de cela, ce que vous pourriez rendre concret n’a plus d’intérêt pour vous.
Quelqu’un à qui on a enseigné d’aimer Dieu va trouver que d’aimer un homme ou une femme est tomber trop bas ! Dieu est là, au-dessus de tout, au ciel – et cet homme ou cette femme n’est qu’ordinaire… Ils ont donné à votre amour un objet si impossible que tout ce qui serait possible semble être en-dessous de vous !
Même si – à cause de votre nature d’humain, de votre biologie – vous tombez amoureux, il y a une partie de vous qui continue à dire : « Il y a quelque chose de faux quelque part ! » Et vous vous sentez coupable.

C’est la première chose qu’ils ont fait à votre amour.
La deuxième chose qu’ils ont fait est de dire : « Aime ta mère…. » Pourquoi ? – « parce qu’elle est ta mère ! » Est-ce que ça suffit pour que l’amour existe ?
Devez-vous aimer quelqu’un parce que ce quelqu’un est votre mère, votre père, votre frère, votre fille, votre sœur ? Ces sortes de relation ne peuvent pas créer de l’amour. Elles peuvent créer une certaine sorte de respect – c’est votre mère et vous pouvez la respecter. C’est votre père, vous pouvez le respecter, il vous a élevé.
Mais l’amour n’est pas quelque chose dont on fait ce qu’on veut.
Le respect est quelque chose qui est entre vos mains, qui dépend de vous, mais pas l’amour.
L’amour est quelque chose qui – quand il arrive – arrive comme un cyclone, vous cerne, vous envahit totalement.
Vous n’êtes plus du tout là.
Quelque chose de plus haut que vous, de plus grand que vous, de plus profond que vous, a pris possession de vous. Pour éviter cela on vous a enseigné l’hypocrisie en lieu et place de l’amour ! Aime ta mère.
Juste par cet enseignement : aime ton père, aime ta mère, aime ton frère, aime ta femme, aime ton mari, aime tes enfants – et comme cela vous a été tellement dit, vous n’avez jamais posé la question : « Est-ce possible ? Est-ce que cela fait partie de la capacité de l’être humain d’aimer quelqu’un, comme ça !? »
Une question absolument fondamentale a été complètement oubliée !

Si on vous dit d’aimer quelqu’un, comment allez-vous vous y prendre pour le faire ?

Oui, vous pouvez le jouer, vous pouvez faire semblant, vous pouvez répéter les magnifiques dialogues des films que vous avez vus, ou des romans que vous avez lus. Vous dites de belles choses, mais rien ne vient de vous. Vous n’êtes pas en amour, vous jouez simplement une pièce, un rôle. Et le tragique de tout cela, c’est que la plupart d’entre nous continuent toutes leurs vies à être simplement en répétition, ce n’est même pas la pièce. La date de la pièce n’arrive jamais, ce ne sont que les répétitions qui se poursuivent sans fin…
Et si pour quelques personnes, le jour de la première arrive, la représentation est aussi irréelle que quelque chose peut l’être, car votre cœur n’y est pas investi. C’est mort, ça ne respire pas. Ça n’a aucune chaleur, aucun vivant, pas de danse.
Vous le faites parce que vous avez été entraîné à le faire. C’est une sorte d’exercice, une gymnastique, de l’étiquette, du maniérisme – n’importe quoi – mais pas de l’amour.

C’est par ces méthodes qu’ils ont saboté votre authenticité en ce qui concerne l’amour.

Votre question concerne ce que j’ai dit, que l’amour et la haine étaient la même énergie ; alors pourquoi y a-t-il tant de haine dans le monde et si peu d’amour ?
C’est parce que personne ne vous a enseigné la haine ; de ce fait, la haine est restée pure, non falsifiée. Personne ne s’est occupé de vous à ce sujet, personne ne vous a dit comment haïr, qui haïr. Puisque la haine n’a pas été touchée par vos parents, vos éducateurs, vos prêtres, elle a une pureté, une sincérité.
Quand quelqu’un vous hait, vous pouvez vous y fier, il vous hait !
Quand quelqu’un vous aime, vous ne pouvez pas vous y fier.

Vous savez parfaitement bien que quand vous détestez quelqu’un, c’est quelque chose d’une très grande force, et quand vous aimez quelqu’un, il n’y a pas cette force.
Vous vous rappelez de vos ennemis plus que de vos amis. Vous pouvez oublier vos amis, mais vous ne pouvez pas oublier vos ennemis.
Que se passe-t-il ?
Cela vient du fait que votre amour a été faussé, et quelque chose d’irréel et qui n’est pas de l’amour, vous a été proposé. Et vous avez joué avec cela, en l’appelant ‘amour’, inconscient que vous aviez un réel potentiel d’amour en vous.
Aussi quand vous aimez c’est juste ‘comme ci comme ça’, à fleur de peau. Il suffit de gratter un peu et ça disparaît. Mais quand vous haïssez, vous haïssez depuis vos tripes. Ce n’est pas à fleur de peau, c’est au fond des tripes !
J’ai été surpris de voir combien votre haine est pure, quelle authenticité elle a, quel naturel, quelle spontanéité. Et juste à cause de cette spontanéité, de ce naturel, de cette authenticité, de cette pureté, j’y vois une certaine beauté, qui ne se trouve pas dans votre amour. Votre amour est du bluff.
C’est la raison pour laquelle vous ne voyez pas tellement d’amour dans le monde et que vous y voyez autant de haine.

Vous écoutez trop tout ce bavardage au sujet de l’amour dans le monde. Tout le monde aime tout le monde, tout le monde parle de l’amour, mais ce ne sont que des mots vides : bla-bla-bla, bla-bla-bla…
C’est comme ça dans le monde entier.
Tout le monde parle d’amour – de beaux dialogues – mais en fait vous voyez de la haine partout : les nations se haïssent, les partis politiques se haïssent l’un l’autre, les classes sociales se haïssent. Regardez avec un peu d’attention et vous allez être surpris de voir le nombre de sources de haine qui existent !
Et tous les dix ans, douze ans, vous avez besoin d’une guerre mondiale – tellement de haine  qui s’est accumulée. Tous les jours vous nourrissez cette haine, et elle continue à s’accumuler tellement qu’elle doit exploser dans une guerre mondiale tous les dix, douze ans.

En trois mille ans, cinq mille guerres ont été menées dans le monde. Qui en est responsable ? – les gens bien-intentionnés, les biens-pensants qui sont continuellement après vous à vous enseigner l’amour, la gentillesse, la compassion !
Personne ne vous enseigne la haine, ce qui fait qu’elle existe encore, bien plus forte, bien plus vibrante, jeune et fraîche.

J’aimerais que vienne le temps où plus personne ne cherche à vous enseigner l’amour, non plus ! On devrait vous laisser tranquille. On devrait juste vous inviter à être plus conscient, vigilant, attentif à tout ce qui se passe pour vous – haine ou amour, ça n’a pas d’importance.
Ce qui est important, c’est que si vous haïssez vous haïssiez avec conscience.
Et que si vous aimez, vous aimiez avec conscience.
Si j’avais à vous enseigner quelque chose, je n’irai pas vous dire qui aimer, ou comment aimer. C’est du pur non sens. L’amour est votre propre qualité. Vous êtes né avec, de la même façon que la haine est là aussi. Je vous enseignerai : soyez pleinement attentif !
Avant que quoi que ce soit ne vous arrive – amour, haine, colère, passion, compassion, n’importe quoi – soyez pleinement conscient.
Laissez tout ce qui arrive émerger de votre conscience en éveil. Et le miracle de cette conscience vigilante c’est que, sans que vous n’ayez rien à dire ou à faire, elle dissout simplement tout ce qui est laid en vous et le transforme en beauté.
La conscience est une force qui transforme.
Par exemple si vous êtes conscient-e de la colère, elle disparaît.
Si vous êtes conscient-e de l’amour, il va devenir plus fort.
S’il y a de la haine et que vous en êtes conscient-e, elle va disparaître, se dissiper. Vous allez bientôt vous rendre compte que ce nuage de haine a disparu, et qu’à sa place une qualité complètement opposée – un mélange de compassion, de gentillesse, d’amour – est apparu en arrière plan, comme un parfum.
Pour moi c’est le critère : tout ce qui se trouve affirmé, approfondi par votre conscience est vertu ; tout ce qui disparaît à la rencontre de votre conscience est péché.
Pour moi c’est la bonne façon de définir les choses : je ne catalogue aucun acte comme péché, vertu, bien, ou mal – les actes n’ont pas cette qualité. C’est votre conscience.
Faites-en l’essai, et vous allez être étonné de constater qu’il y a des choses qui ne peuvent pas rencontrer la conscience, elles disparaissent simplement.
La conscience fonctionne presque comme de la magie.
Et ce que je suis en train de vous dire, vous pouvez en faire l’expérience. Je ne vous dit pas de le croire, car croire n’est d’aucune aide. Vous devrez en faire l’expérience.
Vous devrez regarder, avec les différentes choses qu’il y a en vous, qu’est-ce qui reste et qu’est-ce qui disparaît.
Et c’est vous seul qui pouvez découvrir ce qui est bon pour vous et ce qui est mauvais pour vous. Alors gardez vivante en vous la flamme de la conscience, de l’attention vigilante, percutante, dans toutes vos actions, et dans votre vie vous ne trouverez alors plus ni haine, ni colère, ni jalousie : pas parce que vous les avez quittées, pas parce que vous les avez réprimées, pas parce que d’une façon ou d’une autre vous avez réussi à vous en débarrasser, pas parce que vous avez pratiqué quelque chose de spécial contre elles, non, vous n’avez rien fait, vous ne les avez même pas touchées… c’est là la beauté de la présence consciente, elle ne réprime jamais rien, mais il y a des choses qui fondent littéralement à la lumière de la conscience, et changent !
Et, à la lumière de la conscience, il y a des choses qui deviennent plus solides, qui s’intègrent davantage, qui vont plus profond, qui deviennent plus fortes : l’amour, la compassion, la gentillesse, l’amitié, la compréhension.

Toutes les religions démodées du passé ont focalisé l’attention des gens sur leurs actions en les catégorisant : ceci est bien, ceci est mal, vous devez faire ceci, vous ne devez pas faire cela…
Je veux changer toute cette approche.
Les actions n’ont rien à voir avec le bien et le mal.
C’est VOUS, votre vigilance attentive, votre conscience lucide, qui êtes déterminant. Toute action faite avec conscience peut être belle, et la même action sans conscience peut être détestable.
Avec votre conscience la même action, dans une situation particulière, peut disparaître, et dans une autre situation peut devenir plus établie, plus forte.
Chaque acte n’a pas une qualité prédéterminée, ou chaque émotion, ça dépend de milliers de choses ; mais votre dimension intérieure de conscience tient compte de tout, faites-lui confiance. C’est comme quand il y a de la lumière et que tout devient clair pour vous, vous pouvez voir.

Un maître Zen, durant toute sa vie, fut continuellement emprisonné. C’était un grand maître qui avait des milliers de disciples. Même les magistrats l’aimaient, le respectaient. Et ils le suppliaient : « Pourquoi faites-vous ces choses bizarres ? On ne peut pas comprendre, c’est inexplicable pour nous » - car il volait de petites choses à ses propres disciples, et naturellement la loi devait être appliquée.
Le juge disait : « Nous savons qu’il doit y avoir quelque chose derrière. Pourquoi voler une chaussure à quelqu’un ? – ça n’a pas de sens, vous ne pouvez pas vous en servir. Et maintenant on doit vous envoyer pour deux mois en prison… » Le maître Zen était toujours très content quand il entendait cela, et avait l’habitude dire de aux juges : « Vous ne pourriez pas m’envoyer en prison un peu plus longtemps ? – de toute façon quand je vais sortir je vais recommencer, et vous aurez à me juger à nouveau… pourquoi ne pas me mettre en prison pour plus longtemps et m’éviter ainsi d’avoir à refaire toutes ces choses ? »
C’est seulement à la fin de sa vie, alors qu’il allait mourir, que ses disciples lui demandèrent : « Maintenant laisse-nous au moins te poser la question car on n’aura plus d’autres chances de savoir pourquoi tu volais ces choses, qui n’avaient aucun intérêt pour toi. On étaient prêts à t’apporter tout ce que tu aurais voulu, mais tu n’as jamais rien dit, tu n’as jamais rien demandé ! »
Il rit.
Il dit : « La raison réelle était  que je voulais rester aussi longtemps que possible en prison, car il y a trois milles personnes dans la prison, et j’ai trouvé parmi ces trois mille personnes des gens plus innocents, des êtres humains plus naturels que ceux que je rencontre en dehors de la prison. Et hors de la prison, il y a plein de maîtres, plein de religions, et ils font ce qu’ils ont à faire. Personne ne prend soin de ces pauvres gens.
« Quand je suis en prison, je leur enseigne la méditation, je leur apprends comment être conscient – la prison est devenue un monastère ! 
« On l’a complètement changée !
« Tous les prisonniers méditent. Les gardiens ne peuvent pas s’en rendre compte, car les prisonniers font simplement tout avec conscience. Ils continuent à faire le même travail qu’avant : s’ils coupaient du bois, ils coupent toujours du bois ; s’ils cassaient des pierres, ils cassent toujours des pierres ; s’ils faisaient des routes, ils font toujours des routes. Ce qu’ils faisaient avant, ils le font toujours maintenant, mais avec une grande différence.
« Et le meilleur monastère que j’ai jamais connu » dit-il « c’est la prison dans laquelle j’ai été continuellement, car il y a dans cette prison des gens qui sont condamnés à vie – vingt ans, trente ans.
« C’est là une grande opportunité : pendant trente ans ils vont pouvoir méditer sans être perturbés par le monde extérieur. Où aurais-je pu trouver de telles personnes ?
« Et je suis extrêmement heureux car je laisse derrière moi, dans cette prison, quelque chose qui va se poursuivre pendant des siècles. Cette prison restera une prison complètement différente. Celui qui arrive maintenant dans la prison va être concerné par la méditation car il y aura toujours des anciens qui seront encore là. »

Si on regarde cela de l’extérieur… un homme qui vole fait quelque chose de mal, un homme qui est constamment envoyé en prison, qui est condamné sans cesse, est certainement un criminel. Mais si vous regardez la conscience de cette personne, et l’acte qui émane de cette conscience, c’est complètement différent. Ne jugez jamais personne par son acte, car la chose réelle n’est pas l’acte mais la conscience à travers laquelle cet acte a été accompli. Mais nous jugeons tous à partir des actes, parce que les actes sont accessibles de l’extérieur comme les objets. La conscience, nous ne connaissons pas.

Il arriva que dans un monastère Zen… le bâtiment avait deux ailes, la droite et la gauche – le monastère avait été construit comme ça. Cinq cents moines vivaient dans une aile et cinq cents dans l’autre, et la maison du Maître était juste au milieu.
Le Maître avait un chat, un très beau chat, et tous les disciples étaient très gentils avec le chat. Mais il y avait parfois des conflits parce que ceux qui habitaient l’aile gauche voulaient avoir le chat, ils faisaient une fête ou quelque chose – mais ceux de l’aile droite ne voulaient pas leur laisser le chat à ce moment-là. Le chat devint un constant objet de discussions, de conflits…

Un jour le Maître appela les disciples et leur demanda d’apporter le chat. Il leur dit :  «  Des deux côtés vous aimez la chat, mais le chat n’est qu’un ». Alors il coupa le chat en deux – ce fut un choc pour tous les disciples, et il leur dit : « Vous pouvez en avoir la moitié… et vous aussi vous pouvez en avoir la moitié… Maintenant plus de conflits dans ce monastère ! »
Il y eut le silence. Ils ne pouvaient pas comprendre qu’une personne aussi non-violente put couper le chat en deux. Ils se demandaient tous… ils étaient traumatisés, et se posaient des questions. L’histoire vint aux oreilles du roi qui était aussi un disciple du Maître.
Il ne put retenir sa curiosité ; il vint le jour suivant. Il demanda : « J’ai entendu dire que vous aviez tué votre chat tant aimé ? »
Le Maître répondit : « Je n’ai pas tué la chat, j’ai tué le conflit, une querelle qui grandissait chaque jour et qui était devenue excessive, et ces idiots n’auraient rien compris sans une mesure radicale. Je n’ai pas tué le chat, car personne ne meurt. Le chat est libéré de son corps à cause de ces idiots. Et de toute façon il allait mourir, il avait déjà vécu assez longtemps – peut-être aurait-il vécu encore un an ou deux au maximum.
« Avant de le tuer je suis devenu totalement silencieux, conscient, et je me suis demandé, ‘Qu’est-ce que ce chat va faire de plus dans ces deux ans qui viennent ? Rien. Mais pendant ces deux ans ces idiots peuvent faire beaucoup.’
« Je n’ai pas tué le chat sous le coup de la colère, je ne l’ai pas tué sous le coup de la haine. Je l’aimais, et je l’aime encore plus aujourd’hui, car il m’a aidé à résoudre un problème. Et ce fut un choc salutaire pour ces idiots, car sans choc leurs esprits ne fonctionnent pas. Il faut les heurter une fois de temps en temps ! »

À coup sûr, de ce jour, tout conflit simplement disparut, car les disciples devinrent conscients que cet homme était dangereux, il pouvait tuer quelqu’un ; les querelles devenaient trop risquées. Tout argument cessa.
Et le roi fut absolument satisfait. Il dit : « Ça a toujours été votre enseignement, que ce n’est pas l’acte qui compte mais la conscience. On ne peut voir que l’acte, on ne sait pas dans quelle conscience vous l’avez fait. Ce n’est connu que de vous. Qui sommes-nous pour en décider ? »

Ne jugez jamais personne par son acte.

Attendez.

Essayez de découvrir avec quelle conscience il a agi – autrement ne jugez rien. C’est préférable de ne pas juger du tout. Et en ce qui vous concerne, rappelez-vous, quoi que ce soit que vous fassiez, gardez une chose en tête : que vous le faites en pleine conscience.
Alors je vous autorise une totale liberté.
Aucune religion ne vous a autorisé à être libre.
Je vous accorde une totale liberté.
Aucune religion ne vous a donné la responsabilité envers vous-même : aucune religion ne vous a donné le droit de décider de ce qui est bien et de ce qui est mal. Je vous donne ce droit, cette responsabilité, car pour moi tout arrive d’une seule source – et c’est la conscience.

La question dit que j’ai parlé de l’amour, que mon message concerne l’amour, et j’ai aussi dit que la personne illuminée n’a ni amour ni haine. Maintenant plutôt que de me le demander, vous êtes assez matures pour vous y retrouver dans des choses aussi simples.
C’est si simple : si sous l’effet de la conscience tout l’énergie de haine se transforme en amour, c’est un phénomène complètement neuf – qui nécessite un nouveau nom. Mais que faire ? Le langage est si pauvre qu’on doit employer les mêmes mots, en leur donnant des sens différents, d’autres définitions.
Mon message d’amour n’est pas le message de ‘l’amour qui est opposé à la haine’.
Mon message d’amour concerne cet amour qui est capable d’absorber la haine et de la transformer en amour.
La question se pose alors : s’il n’y a plus de haine, comment et pourquoi cette nouvelle énergie devrait-elle être appelée ‘l’amour’ ?
Dans nos esprits, l’amour est quelque chose d’opposé à la haine ; maintenant s’il n’y a plus rien qui s’oppose à l’amour ? C’est pourquoi de temps en temps, je vous rappelle que l’homme d’illumination n’a ni haine, ni amour – c’est une façon de dénoncer votre haine et votre amour : cet amour et cette haine qui ont des polarités ; celui dont je parle n’en a aucune. Cela ne veut pas dire qu’il est ‘indifférence’, bien que ce soit comme cela qu’il risque de vous apparaître… C’est pourquoi je parle de la pauvreté du langage !

Si l’éveillé n’a ni amour, ni haine, cela signifie-t-il qu’il doive être indifférent, neutre ? – non, ce n’est pas comme cela.
Il a une nouvelle sorte, une nouvelle qualité d’amour, un amour qui n’est pas l’opposé de la haine. Mais il n’y a pas de mot pour ça.
Alors j’ai deux possibilités : soit je dis que l’éveillé n’a ni haine ni amour - selon votre conception de l’amour et de la haine - soit je dis que son amour est une toute nouvelle sorte d’amour ; un amour qui est plus proche de la compassion que de la passion, qui est plus proche de la rencontre que de la relation, un amour qui est davantage donner-sans-rien-attendre-en-retour que de votre soi-disant amour qui est un marchandage – où chaque partie essaie d’obtenir le plus possible en donnant le moins possible !
La personne illuminée donne, simplement.
Il ne s’agit pas pour elle d’obtenir quelque chose de vous – vous n’avez rien à lui donner !
Qu’avez-vous à lui donner ?
Elle donne parce qu’elle a trop à donner, elle est submergée.
Elle donne car elle est comme un nuage, tellement chargé d’eau, qu’il doit se déverser. Peu importe où, à qui – sur les rochers, sur la terre, sur un jardin, dans l’océan… ça n’a aucune importance. Le nuage veut simplement se décharger.
L’éveillé est comme ce nuage.
Il vous donne de l’amour, pas pour obtenir quelque chose en échange. Il le partage et il vous est reconnaissant de lui donner cette opportunité ; il vous est reconnaissant d’être assez ouvert, disponible, vulnérable, de ne pas l’avoir rejeté quand il était prêt à verser sur vous toutes ses bénédictions, il vous est reconnaissant d’avoir ouvert votre cœur et d’avoir reçu autant que vous le pouviez.
Le monde peut être rempli d’amour, cet amour dont je parle.
Seul CET amour transformera la haine du monde –  l’amour qu’on vous a enseigné ne le peut pas : il n’a pas rendu le monde plus aimant, il a rendu le monde plus haineux ! Il a rendu la haine plus vraie, plus authentique, et fait de l’amour une hypocrisie.
Je voudrais un monde plein d’amour.
Mais rappelez-vous que l’amour n’a aucun opposé : cela tient au fait qu’à l’intérieur de vous-même, par votre présence consciente, vous avez été capable de transformer VOTRE haine en amour ! Même de dire que « vous avez été capable de transformer » n’est pas exact, mais que faire d’autre avec ce langage ? Quoi que vous disiez, quelque chose est déformé par la mise en mots…
La réalité… c’est que la conscience elle-même transforme votre haine en amour, ce n’est pas vous qui la transformez. Votre travail et votre fonction est simplement de rester pleinement conscient. Ne laissez rien se produire dans votre vie, sans cette conscience.

Je vous donne la religion la plus simple et la plus naturelle qui soit possible. C’est pourquoi je dis que c’est la première et la dernière, car elle ne peut pas être simplifiée davantage. Il n’y a rien de plus basique que la conscience lucide, on est arrivé là à la racine ultime. Il n’y a aucun moyen d’aller au-delà de ça, plus loin que cela. C’est ‘ça’ !

Continuez à faire les choses que vous faites, mais gardez cet état de conscience claire, précise, percutante. Faites-en un constant rappel de telle sorte qu’aucun acte ne soit fait inconsciemment.
Cela prendra quelque temps !
Tous les jours vous allez rater beaucoup de choses ; et puis après vous allez vous rendre compte, ‘Mon dieu, j’ai complètement oublié !’, mais il n’y a pas besoin d’en faire un drame. Ne vous en inquiétez pas, sinon vous allez encore rater autre chose.
Ce qui est passé est passé – ne perdez pas une seconde là-dessus.
L’important, c’est de vous en être aperçu.
Utiliser ce rappel pour être conscient tout de suite de ce que vous êtes en train de faire.
De nombreuses fois vous allez oublier, de nombreuses fois vous allez vous rappeler. Peu à peu vous allez oublier moins, vous rappeler plus. Et un jour cela se produit… quand le rappel devient plus que l’oubli, qu’il devient plus lourd que vos oublis – alors instantanément… la révolution, la transformation ! Vous êtes soudain une personne complètement différente – le nouvel homme est né !
Et ce nouvel homme va découvrir que ce monde entier est nouveau, car il va avoir des yeux neufs avec de nouvelles qualités, de nouvelles oreilles avec des façons d’entendre différentes, de nouvelles mains pour toucher et sentir les choses d’une nouvelle façon.
Et une personne, seule, ayant cette qualité de conscience, va induire le processus de la conscience vigilante chez d’autres. Pas par un effort, pas parce qu’il doit faire quelque chose pour provoquer le processus – c’est ce qu’on a fait jusqu’à maintenant -, non, il a juste à vivre à sa façon, à être lui-même, et cela va se mettre à arriver de soi-même.
Sa présence, d’une certaine façon, met en marche quelque chose chez les gens qui sont proches de lui… l’émergence d’une nouvelle énergie, le commencement d’une nouvelle flamme. Il ne fait rien, l’autre personne ne fait rien non plus : ça se produit !
Tout ce qui est nécessaire c’est une certaine proximité, une amitié.
La fonction du maître est juste cela : rassembler des amis autour de lui.
Il n’y a aucun but à atteindre, aucune activité particulière à faire.
La fonction du maître est seulement de rester disponible.
On se sait jamais quand quelqu’un arrive au moment où tout peut basculer, où le basculement peut se produire
On ne sait jamais à quel moment on est ouvert – et un simple regard, un simple contact avec les yeux du Maître, et les choses ne seront plus jamais les mêmes !
Mais ce sont des moments imprévisibles, on doit donc attendre silencieusement, parfaitement conscient.
Le plus que vous puissiez faire : ne créez pas de barrières, ne mettez pas d’obstacles, ne restez pas ‘coincé’, à distance.

Détendez-vous… approchez-vous davantage…

Vous n’avez rien à perdre – vous n’avez qu’à y gagner.

From Misery To Enlightenment  chap. 13
10 février 1985  © Osho International Foundation